Le chemin descend vers la rivière hat creek rim avec des bassins de pisciculture et de grandes étendues d’eau sur lesquelles nagent des cygnes, des oies et des canards. Ça remonte ensuite et vers 9h00 j’arrive au Burney Mountain Campground Ranch où j’ai prévu de réapprovisionner ma nourriture et de faire une pause jusqu’à 16h00 car il fait très chaud et le Ranch possède des douches, une machine à laver, de quoi manger et une piscine. Je passe donc la journée ici tranquillement puis repars vers 16h00 pour marcher jusqu’à 19h00. Je me pose dans un campground où il n’y à personne mais il y a de l’eau et des tables. C’est luxe.
J 94 (29 juillet) : mile 1418,4 à 1443 + 1,2 mile pour Burney falls
Surprise ce matin un rongeur est venu éventrer mon sac de bouffe pour grignoter une de mes barres. Il a fait un bon trou de 5cm quand même. Pourtant mon sac était justement dans un coffre fermé du Campground prévu à cet effet. . Un quart d’heure après le départ je fais un petit détour d’un mile pour aller voir les cascades de Burney qui font une trentaine de mètres de hauteur. À 6h00 du matin il n’y a personne d’autre. Le chemin passe après par un barrage. Vient ensuite une longue montée de 14 miles pas trop raide mais longue et heureusement ombragée. Arrivé au sommet, c’est l’heure de manger mais là il n’y à plus d’ombre ni de zones plates. En plus ma gourde se met à fuir d’un coup et inonde mon sac ne me laissant plus grand-chose pour mon repas… Je me pose en vrac à un endroit à peu près plat avec un peu d’ombre et je mets mes affaires à sécher pendant que je mange puis fais la sieste. Il me faudra trouver de l’eau rapidement, ce qui est heureusement possible 2 miles plus loin. Petite alternance de montées et descentes pour finir et je plante ma tente avec une jolie vue du sommet.
J 95 (30 juillet) : mile 1443 à 1471
Une petite montée pour commencer et de belles vues sur le mont Shasta. Pas mal de brume aussi que je pensais être due à la chaleur mais j’apprends qu’un grand feu de forêt sévit dans le sud de l’Oregon à quelques 300 km de là et c’est la fumée emportée par le vent du nord-ouest qui nous l’amène jusqu’ici. Mais je ne suis pas gêné du point de vue respiratoire ou maux de tête, je suis trop loin. J’espère juste que ça ne va pas toucher le PCT pour mon entrée dans l’Oregon prévue dans 10 jours environs. Une fois au sommet je trouve un petit coin à l’ombre et plat pour la pause. Puis c’est parti pour une grande descente de 12 miles qui s’avère plutôt agréable, à l’ombre, avec un bon chemin pas trop raide. Je croise un drôle d’énergumène de 19 ans qui marche en sandales sans chaussettes, sans bâtons de marche, et qui descend à toute allure en me dépassant puis s’arrête au bout de 10 minutes. Je le dépasse donc et il refait le même schéma 3 ou 4 fois en 1 heure. Il me dira plus bas qu’il essaye de faire 60 miles aujourd’hui mais j’ai l’impression qu’il est déjà cramé… Bref, je viens à bout de la descente et pose ma tente au bord d’une rivière où sévissent quelques moustiques et guêpes qui m’obligent à manger sous la moustiquaire.
J 96 (31 juillet) : mile 1471 à 1493,6
La journée va se composer de 2 montées et 1 descente. La première montée se fait à la fraîche et à l’ombre en 2 heures. Ça redescend tout de suite de l’autre côté pour aboutir sur une belle rivière qui se traverse sur un pont. Vient ensuite la deuxième montée qui est un peu plus longue et raide. Au bout d’une heure je fais ma pause repas sur un petit spot ombragé puis je reprends l’ascension qui devient plus facile sur la fin avec enfin une vue qui se dégage sur le mont Shasta. On voit bien que c’est un pic volcanique avec quelques autres pics alentours. Fin de journée assez tôt aujourd’hui. Je laisse les 8 miles qui restent pour demain matin et journée off à Dunsmuir où je vais aussi passer la nuit dans une auberge qui a l’air assez drôle et sympa.
J 97 (1er août) : mile 1493,6 à 1501,2
Je fais la descente de 7 miles qui mène vers Dunsmuir où je compte rester cette nuit. On débouche sur une autoroute et pas de stop possible. Je prends le long de la voie de chemin de fer pour retrouver une route et je me rends à l’auberge Constellation qui est un vrai enchantement : douche extérieure, lits extérieurs, hamacs, jacuzzi, petit déjeuner … pour la modique somme de 29$. J’adore. Fred qui a fait du stop pour s’avancer nous rejoint cet après-midi à l’auberge. On s’offre une petite bouteille de rosé américain pour fêter ça.
Départ vers 7h30 en stop et début de la marche à 8h00. C’est assez plat et facile par rapport aux jours précédents. Ça ressemble à une ballade en forêt du dimanche. Bien sûr ça monte et ça descend mais c’est plutôt roulant. Il y a de belles vues sur le mont Lassen et on rentre en début d’après-midi dans le parc national de Lassen. C’est une ancienne zone volcanique et je fais le détours pour aller voir les geysers qui sont en fait des dégagements de vapeurs soufrées avec des eaux bouillonnantes. Un peu plus loin se trouve un lac à l’eau très bleue et aux dégagements soufrés aussi. Vers 15h30 il faut s’arrêter dans un campground officiel avec coffres anti ours pour la nourriture sinon il faudrait avoir une boîte à ours que je n’ai plus depuis la fin de la Sierra Nevada. Cette restriction concerne une courte zone de 19 miles donc demain nous serons à nouveau libres de camper où nous voulons et de faire un peu plus de miles ! En tout cas on a droit à une bonne bière fraîche de la part de campeurs.
J 91 (26 juillet) : mile 1350,3 à 1377,5
Le chemin commence par une petite montée puis va rester quasiment plat toute la journée. Rapidement on arrive sur une forêt qui a brûlée en 2012 et que l’on va suivre toute la matinée. Les troncs sont étonnamment toujours en place et la repousse commence. Par contre il n’y a pas d’ombre et il fait sacrément chaud. Vers 12h00 on retrouve une forêt non brûlée avec de l’ombre, ce qui permet de se poser pour le repas. L’après-midi se poursuit dans une forêt plate aussi avec encore quelques vues sur le mont Lassen. Pour le campement, je me pose à côté d’un site de grottes que je vais visiter après avoir monté ma tente.
J 92 (27 juillet) : mile 1377,5 à 1403,1
Je débute par une petite montée sur un plateau sur lequel le chemin va serpente toute la journée en flirtant avec la falaise jouxtant sa bordure ouest. Les panoramas sont très beaux mais il fait une chaleur infernale car on est revenu en plein désert, voire même dans la savane africaine. Une végétation faite d’arbustes bas et d’herbe jaune. Pas d’ombre et pas d’eau. À midi, je m’arrête à une citerne d’eau qu’un agriculteur nous laisse à disposition. C’est le seul coin ombragé de la journée et en plus avec de l’eau. Je fais donc ma pause déjeuner et suis rejoint par pas mal d’autres randonneurs. Petite sieste prolongée vu la chaleur à cette heure là. Une randonneuse sort sa petite guitare et se met à chanter de jolies balades. Que c’est dur de repartir ! Bon je m’y remets et termine les 9 miles qui me restent sur pas mal de cailloux basaltiques, terrain volcanique oblige. Ça fait bien mal aux pieds. Mais quand j’arrive à mon campement, une glacière magique m’attend avec du bon coca frais, ça fait plaisir. PS : je suis sale à un point pas imaginable. Le sol en terre battue qui vole à chaque pas + la chaleur intense + le manque d’eau pour se nettoyer = poussière incrustée partout (corps + vêtements + affaires). Rien à faire tant que je n’ai pas d’eau.
Après la nuit passée en auberge à Truckee, je profite de la matinée avec Obi et Fred. Fred va rester une nuit de plus ici car son colis n’est pas arrivé et Obi part en stop pour Belden tout à l’heure. On prend le petit déjeuner ensembles puis je pars donc en solitaire en stop vers 9h30. C’est un peu long et j’arrive après 2 voitures vers 10h30 au sentier qui repart du col de Donner Pass. Je commence à marcher vers 10h45 et je mets le turbo pour rattraper mon retard. Ça commence par du plat puis je passe sous l’autoroute par un conduit d’évacuation d’eau avec de l’eau jusqu’aux mollets. Ensuite vient une bonne montée qui m’amène an col de Castle Pass où je prend mon déjeuner. Ça redescend avec pas mal de neige et je passe devant un vieux refuge de montagne. Viennent ensuite 2 ascensions avec encore pas mal de neige au sommet et sur la descente orientée au nord. Après la dernière descente, je plante ma tente dans un endroit où pullulent les moustiques. Repas rapide et au lit. C’est ma première journée en solitaire depuis longtemps. Je suis à la fois triste de laisser mes compagnons de route avec qui j’ai partagé tant de moments forts et à la fois heureux de cette nouvelle liberté qui me laisse penser que je suis seul à découvrir tous ces paysages. Sentiments partagés donc.
J 83 (18 juillet) : mile 1172 à 1198
Je me lève à 5h00 pour un départ à 6h00 comme d’habitude. Une grande dégringolade m’attend aujourd’hui me faisant passer de 8120 pieds (2475 mètres) à 4170 pieds (1271 mètres) avec 5 ascensions entre les deux. Au total, sur les 26 miles parcourues ce jour, il y a 1800 mètres de dénivelé positif et 2245 mètres de dénivelé négatif. Au bas du parcours je fais un petit crochet par Sierra City, un petit village à 1,5 miles du PCT pour recharger ma nourriture et j’ai l’heureuse surprise de tomber sur Rémi et Joris qui sont là depuis quelques heures. On reste 2 heures sur place et je me prends un bon gros burger plus une orange pour la bonne conscience. On repart vers 16h30 pour une bonne heure de montée en lacets dans les bois avant de planter nos tentes à un petit col très joli mais venté. Au moins, pas de moustiques !
J 84 (19 juillet) : mile 1198 à 1224
La nuit à été bonne, le vent s’est rapidement calmé. Au petit matin, la lumière est très belle et je passe rapidement le mile 1200. La première montée se fait au frais et passe plutôt bien malgré de gros passages rocheux. Une bonne descente s’ensuit avec passage au bord de lacs, puis une grosse côte arrive en plein soleil avec des passages très raides, ça casse bien les jambes. J’entame la deuxième descente et pousse un peu avant de déjeuner. Je suis rejoint par Joris après ma petite sieste. Le reste de l’après midi va consister en des petites montées et descentes jusqu’au campement au bord d’un ruisseau. Pendant le repas, un chevreuil vient s’allonger près de nous. Aujourd’hui j’ai fait près de 2000 mètres de dénivelé positif et négatif. Après la Sierra enneigée, la foulée s’allonge naturellement et les 25 ou 26 miles se font plutôt bien. On verra pour pousser un peu plus par la suite mais déjà si je peux tenir cette moyenne de 25 miles par jour, c’est pas mal.
J 85 (20 juillet) : mile 1224 à 1249, 7
La journée commence avec 2 montées pas trop raides. Au bout de 7 miles je cherche à remplir ma gourde mais je me rends compte que toutes les prochaines sources du topo ne sont pas sur le chemin. Il faut les chercher en dehors et parfois pas tout à côté. En plus l’appli téléphone ne donne pas de localisation GPS mais indique une simple direction du style 0,3 miles au nord, à travers les bois… J’en cherche une première à 0,3 mile mais ne la trouve pas. J’en trouve une un peu plus loin mais il faut descendre une pente raide dans les bois à travers les broussailles. Il va falloir que je me méfie maintenant et que je recommence à préparer à nouveau mes journées du lendemain pour ne pas perdre autant de temps avec l’eau. Bref, je reprends ma marche et m’arrête vers 12h00 pour déjeuner au sommet avec un joli point de vue sur les montagnes alentours. Vient ensuite une descente interminable qui serpente le long d’une montagne vraiment très raide et qui mène en fond de vallée sur une rivière furieuse que l’on franchit heureusement sur un pont. Je retrouve Joris et on va camper ici. Mes pieds me font bien mal et je vais les tremper dans la rivière pour les soulager. Aujourd’hui j’ai descendu près de 3000 mètres et monté près de 1800 mètres. Demain il va falloir remonter tout ça… Au fait, c’est notre premier jour sans neige depuis la Sierra et ça fait rudement plaisir !
J 86 (21 juillet) : mile 1249,7 à 1277, 7
J’attaque donc directement par la montée de 11 miles qui va serpenter dans les bois. Il fait assez sombre vu la densité des sapins, ce qui est plutôt pas mal pour la température. La pente de la montagne est encore une fois très raide mais celle du sentier est atténuée par les lacets. Je monte donc tranquillement pendant 4 bonnes heures avant d’arriver au premier sommet et je m’octroie une pause bien méritée sur un éperon rocheux. La suite consiste en des petites montées et descentes dans les bois jusqu’à midi, heure du repas. J’enchaine ensuite avec la deuxième côte de la journée sur environ 5 miles. Il fait plus chaud, ce qui complique la tâche. Arrivé en haut il y a une jolie vue sur des lacs. Je poursuis encore quelques miles pour me rapprocher le plus possible de Belden ma prochaine étape. Peu avant de planter ma tente je croise un couple de chevreuils que j’arrive à filmer après les avoir suivis discrètement pendant un bon quart d’heure en essayant de ne pas les effrayer. Instant magique où ils me laissent les approcher à près de 5 mètres. Grosse journée aujourd’hui : 28 miles (45km) avec 2910 mètres de dénivelé positif
J 87 (22 juillet) : mile 1277,7 à 1292, 7
Descente matinale tranquille vers Belden. 9 miles à parcourir vers ce petit camping village où je vais réapprovisionner pour 2 jours et surtout prendre quelques heures de repos avec douche et lessive. Sur la descente, un nuage de papillons sort des buissons et m’accompagne pendant de longues minutes. J’arrive vers 9h00 et suis rejoins par Joris. Rémi est passé ici hier soir et est reparti ce matin comme l’atteste le registre des randonneurs. On commence par un bon petit déjeuner puis une douche et une lessive. Farniente jusqu’au repas sur la terrasse qui donne sur une rivière. On fait nos courses puis on repart vers 15h00 pour faire une partie de la grande remontée qui nous attend demain (15 miles). Malheureusement il fait encore très chaud dans ce fond de vallée encaissée (33°C) et l’effet bénéfique de la douche et de la lessive est annulé en un quart d’heure… Après 6 miles, on plante le camps trempés et les moustiques nous font la fête.
J 88 (23 juillet) : mile 1292,7 à 1323,8
Au lever je me rends compte qu’un de mes bâtons de marche à disparu. Je le retrouve une dizaine de mètres plus loin dans les broussailles. C’est sans doute un chevreuil qui a voulu l’emporter, ils raffolent de l’odeur des poignées imprégnée de notre transpiration. Heureusement pour moi ça n’était pas à son goût.
Le midpoint (moitié du PCT) est 30 miles devant nous au mile 1323. Joris et moi nous lançons donc le défi de l’atteindre ce soir, ce qui va nous faire une bonne grosse journée en plus d’atteindre ce trophée. D’autant plus que ça monte encore beaucoup. On commence donc avec les 8 miles de montée assez rudes mais ombragées qu’il reste, ce qui mène au mile 1300 juste avant le sommet. Ensuite, le chemin reste en plateau montant et descendant pendant 18 miles. Je rate un super Trail magic un peu en dehors du chemin (c’est Joris qui me l’apprendra le soir car lui ne l’a pas raté). Vient ensuite une fastidieuse montée de 5 miles en lacets dans les bois que l’on attaque vers 16h00. Ça n’en finit pas de monter. J’arrive finalement au sommet vers 18h30. Il reste encore 2 miles de descente avant d’atteindre le midpoint avec quelques petits névés en prime. Je l’atteins vers 19h00, cerné par une armée de moustiques. Je m’inonde de spray anti moustique en attendant Joris qui arrive rapidement. On avait prévu de se boire une bière ici pour fêter çà (on avait acheté chacun une cannette à Belden) mais vu la densité de moustiques, on repart illico après la photo. On se pose 0,6 miles plus loin pour camper et ouvrir nos bières. Il est 19h30 et nous avons 31,1 miles dans les pattes (50km) dont 2600m de dénivelé positif. Record battu et repos bien mérité !
J 89 (24 juillet) : mile 1323,8 à 1331,3
On termine la descente vers la route et on est pris en stop en 5 minutes pour Chester à 10 miles de là. On se pose dans le jardin d’une église qui laisse à disposition son terrain gratuitement pour les randonneurs. Lessive, douche, courses, calories junkies et repos. On repart demain matin.
On monte dans des névés sans trop de difficultés puis on arrive sur un plateau complètement enneigé. Je renfile mes crampons pour le plat et la descente qui est assez raide et glissante. La neige disparaît au bout d’une heure puis on arrive dans le fond de vallée avant de remonter aussitôt en lacets serrés et secs. On retrouve à nouveau une alternance de névés et de sec.
La journée se termine après 24 miles en 11h de marche à cause de la neige, mais ça fait plaisir de bouffer à nouveau des miles !
J 76 (11 juillet) : mile 1041,4 à 1063
On monte un petit col puis descente dans la neige. On se retrouve dans des petits canyons en bas avec un chemin serpentant dans la roche. Viennent ensuite plusieurs montées et descentes dans la neige. On se retrouve ensuite au sec et les paysages commencent à changer : beaucoup plus de verdure, des montagnes moins hautes et plus plates autour de nous, une vue plus dégagée et des odeurs de plantes très agréables. Rémi et moi plantons la tente au bord d’un joli lac. Les 3 autres campent 2 miles avant (on l’apprendra le lendemain).
J 77 (12 juillet) : mile 1063 à 1085,1
On monte par un chemin relativement sec puis descente dans de la neige. En fond de vallée je vois débouler un gros ours brun devant moi. Il court vite et me passe à un vingtaine de mètres sans me regarder. Impressionnant. Pas le temps de faire une photo. Vient ensuite l’ascension de Carson Pass, l’avant dernier col de montagne à franchir. La montée est assez raide mais déneigée. Seule l’arrivée au col présente 2 grands névés en dévers avec du vide pour lesquels je sors mon piolet par sécurité. En redescendant sur l’autre versant, on croise pas mal de touristes qui se baladent et arrivés au croisement de la route, un trail magic nous attend. Je m’y pose pour manger et suis rejoint une heure après par Obi, Fred et Joris.
Ensuite, on longe une grande plaine truffée de petits cours d’eau dans lesquels nous fonçons à pleine vitesse au grand étonnement des touristes qui essaient de ne pas mouiller un orteil. On monte ensuite dans la neige et on campe au col à 5 miles de la route qui nous mènera demain à South Lake Tahoe.
J 78 (13 juillet) : mile 1085,1 à 1090
On descend les 5 miles qui nous séparent de la route puis on fait du stop. On est rapidement pris. Arrivés à South Lake Tahoe on s’active pour faire la lessive au lavomatic, se doucher en douce à la piscine municipale et faire les courses. On ne reste pas la nuit car c’est une station balnéaire très prisée en été et on est un samedi, donc impossible de se loger, en plus on veut avancer. On repart en uber pour le chemin en fin d’après midi et on campe près du parking.
J 79 (14 juillet) : mile 1090 à 1112,5
Un peu après le départ je croise un ours noir qui rôde à la recherche de nourriture. J’arrive rapidement à Echo Lake, un lac pas loin de Lake Tahoe. On va le longer de tout son long. C’est très beau avec plein de petites maisons en bois accessibles seulement par bateau. On monte ensuite un long pierrier qui arrive dans la neige pour redescendre rapidement au pied de Dicks Pass que nous franchissons pour midi. Après la descente, on longe de multiples lacs magnifiques et on passe le mile 1100.
J 80 (15 juillet) : mile 1112,5 à 1136
On monte dans la forêt avec une horde de moustiques qui nous poursuivent sur le bas. Ça s’améliore en montant. En haut de la première ascension on a une superbe vue sur le nord de Lake Tahoe. La descente se fait dans la neige puis on va suivre la crête pendant 5 miles avec une vue magnifique des 2 côtés de la montagne. On passe au dessus d’une station de ski qui domine le lac avant de faire une longue descente vers notre campement. Rémi nous a semés depuis hier.
J 81 (16 juillet) : mile 1136 à 1153,2
On fait une bonne ascension et on se retrouve en haut d’une station de ski que l’on descend dans la neige. On remonte ensuite puis on va longer une longue crête qui va nous mener à une autre station de ski où l’on va s’arrêter pour manger un gros burger puis faire du stop pour la ville de Truckee où m’attend un colis. C’est ici que nous quitte Obi qui part un peu plus haut retrouver une amie. Joris continue seul le chemin et nous dit au revoir à notre départ pour Truckee. L’aventure va se pour suivre en solitaire désormais car Fred va rester 2 nuits ici. Moi je repars demain.
On fait les courses à Bridgeport et on repart dans l’après midi. Le stop est très difficile pour retourner au col de Sonora. Après plus de 2 heures d’attente, on est pris par un couple de jeunes babs en van. On rentre tous les 5 plus un autre randonneur. Nous voilà partis pour 30 miles de petites routes de montagnes au son de Ray Charles à fond les ballons. On arrive à 19h00 au col bien barbouillé vu les virages et notre position allongée sur le lit de nos conducteurs…
On marche 1 mile pour trouver un coin pour planter nos tentes.
J 66 (01 juillet) mile 906 au 917 + 4,5 miles de jonction
On remonte le chemin de jonction après être monté jusqu’au lac Marie en bus. On entame ensuite une descente tout d’abord dans la neige puis sur le sec. On passe par le devil postpile Trail avec ses orgues de basalte et ses petits canyons. On traverse des cours d’eau et des cascades, puis on remonte une montagne en lacets raides avant d’atteindre notre campement.
J 67 (02 juillet) : mile 917 à 926
On monte et on se retrouve rapidement dans la neige. On se perd sans arrêt car il n’y a pas de trace. On perd un temps monstre à corriger nos trajectoires au GPS. On franchit Island Pass à 10 000 pieds puis on redescend pour se placer sous Donohue Pass que l’on franchira demain.
Je suis très fatigué aujourd’hui car j’ai des problèmes digestifs depuis 1 semaine à cause de mon filtre à eau qui a gelé plusieurs fois dans la Haute Sierra et qui ne remplit donc plus sa fonction. J’en ai racheté un neuf à Mammoth mais il faudra quelques jours pour que ça s’améliore et je continue à perdre du poids… J’ai aussi acheté une nouvelle paire de bâtons de randonnée car les miens étaient tordus et n’avaient plus de pointe.
La haute montagne est dure pour le matériel et le randonneur !
J 68 (03 juillet) : mile 926 à 942,5
On fait l’ascension de Donohue pass à 11 000 pieds qui est progressive et ne présente pas de difficulté. On quitte Kings Canyon pour entrer dans Yosemite. La descente est rapidement déneigée et raide avec un chemin empierré et abrupt qui présente de nombreuses marches et des passages en dalles rocheuses. On arrive dans une vaste vallée où coule une grande rivière sinueuse entourée de marécages que l’on va suivre sur le plat pendant 10 miles avant d’arriver à Tuolomne Meadow, un lieu-dit où se trouve normalement une boutique où l’on prévoyait de faire nos courses. Malheureusement tout est fermé car la route n’a rouvert que la semaine dernière à cause de la neige. Joris et Rémi vont partir une journée dans Yosemite et nous rejoindrons dans les jours qui viennent. Nous trois allons faire nos courses à Lee Vining, une petite ville à 15 miles que nous rejoignons en stop. Malheureusement, personne ne nous prend pour le retour et nous sommes contraints de dormir à côté d’un parking pour la nuit…
J 69 (04 juillet) : mile 942 au 962
Nous arrivons à avoir un trajet en stop le matin et nous nous retrouvons sur le chemin vers 8h30.
On descend le long de rapides et de cascades magnifiques, on traverse de grandes dalles rocheuses surmontées de dômes. On entame ensuite une remontée abrupte dans la neige qui nous mène à Miller lake. La descente va s’avérer tout aussi abrupte, sans traces correctes dans la neige. On se retrouve rapidement sur une fausse piste qui aboutit dans un vallon escarpé que nous descendons difficilement pour récupérer le chemin presque en bas de la montagne. On a eu 3 rivières à traverser aujourd’hui, et de nombreux ruisseaux. Le sol est gorgé d’eau et les cours d’eau sont partout débordants. On arrive finalement au campement au pied du col suivant vers 18h30 bien fatigués.
J 70 (05 juillet) : mile 962 à 976,5
On fait l’ascension de Benson Pass à 10 000 pieds. La descente est longue et difficile, avec de mauvaises traces que l’on perd sans arrêt et une neige molle avec plein de grands trous. On ne fait que 8 miles en 5h30…
On traverse ensuite 2 rivières à gué puis on remonte pour un 2ème col (Seavey Pass) à 9 000 pieds tout enneigé. La descente va s’avérer très compliquée dans une vallée très encaissée au fond de laquelle coule une violente rivière. Le chemin se trouve sous la rivière qui est sortie de son lit et tout est enneigé. On doit donc escalader un éperon rocheux pour le retrouver mais on surplombe la rivière d’une cinquantaine de mètres et la pente neigeuse est très raide et glissante. Le danger en la descendant est de glisser et de se retrouver dans les rapides. On sort nos piolets et on essaye de descendre tout doucement, tout d’abord en glissant de sapin en sapin, puis il n’y a plus rien pour nous retenir. On essaye de cranter dans la neige mais elle est trop molle et cède sous nos pas. On tombe et on glisse tous les trois. On se rattrape heureusement avec nos piolets avant d’arriver dans la rivière… On finit par sortir de ce mauvais pas et on plante nos tentes épuisés après 14,5 miles franchies en 12 heures…
J 71 (06 juillet) : mile 976,5 à 989
On finit la descente de la vallée de Kerrick creek qu’il va falloir traverser. Elle est trop violente au passage habituel. On l’aborde donc 0,4 miles en amont où se trouve un gros tronc qui l’enjambe incomplètement (les 12 premiers mètres se feront en équilibre sur le tronc et le dernier mètre et demi se fera en sautant vers la berge). Je passe d’abord puis Obi passe et chute dans le saut. Elle se retrouve dans le rapide, complètement submergée d’eau gelée. Je la retiens par le bâton mais ne peut pas la remonter car le courant est trop fort. Elle arrive à se glisser vers une vasque calme et sort trempée. Elle se fait sécher au soleil et se change. On a eu bien peur pour elle. On reprend notre chemin avec une ascension bien raide puis une descente tout aussi raide qui aboutit sur une autre rivière à traverser. Nouvelle montée raide et descente avec une 3ème rivière qui est très large (une vingtaine de mètres) et profonde (à la taille pour moi) avec un fort courant. Obi passe la première et se fait emporter par le courant trop fort vers le milieu du lit où elle n’a plus pied. Elle nage péniblement à cause du sac à dos et parvient à regagner la rive opposée. Ça fait 2 baignades dans la journée pour elle ! Fred et moi passons plus facilement grâce à notre taille.
On poursuit avec une nouvelle montée parsemée de multiples cours d’eau et on arrive les pieds et les pantalons trempés au campement. On essaye de faire sécher ce qu’on peut avec l’heure de soleil qui nous reste.
J 72 (07 juillet) : mile 989 à 1004,5
On fait l’ascension de Lake Dorothy Pass complètement enneigée à 9 500 pieds. C’est long et pénible dans des marécages et des cours d’eau incessants tout d’abord, puis dans une neige molle et très creusée. On redescend de l’autre côté et avons la joie de franchir le millième mile avec un trail magic inespéré : quelqu’un à laissé 2 cartons de bière juste après. On en prend une chacun que l’on boira ce soir après l’avoir refroidie dans une rivière. On se positionne pour la dernière ascension de cette étape qui nous mènera à Sonora Pass, point de sortie pour le prochain ravitaillement à Bridgeport.
J 73 (08 juillet) : mile 1004,5 à 1017
On fait l’ascension d’une grande chaîne montagneuse très minérale et très belle. Comme c’est enneigé on prend directement dans la pente et on remonte jusqu’à la crête (au dessus du chemin) car elle est complètement déneigée sur une grande portion. Au sommet, Rémi et Joris nous ont rattrapés. On poursuit ensemble dans des paysages lunaires parsemés de grands névés. Enfin, on amorce la descente qui va se faire en grande partie sur les fesses en luge dans de grandes pentes douces. On arrive à Sonora Pass vers 12h00 puis on est rapidement pris en stop pour Bridgeport à 30 miles de là.
Cette étape aura été très fatigante avec encore beaucoup de neige rendant la progression difficile et lente. Mes pieds m’ont fait beaucoup souffrir car mes chaussures de montagne sont maintenant trop petites et trop rigides avec le cuir qui a craqué laissant passer l’eau. J’ai beaucoup de zones irritées avec des bulles par endroit. J’ai donc dû faire de nombreux bandages qui partaient sans arrêt aux traversées de cours d’eau et reprendre mes chaussures légères de Trail que j’avais dans les désert les 3 derniers jours mais elles sont très usées. Je vais donc en commander des neuves.
On fait notre planning et les courses pour la prochaine section. Le soir on se fait un barbecue gargantuesque avec des grillades de viande et de légumes.
On voit notre premier ours à 20 mètres de nous. Des campeurs ont dû laisser de la nourriture dans leur tente. L’ours s’acharne sur la tente qu’il lacère avant de s’en aller. Nous on profite du spectacle.
On part avec un Uber de Bishop vers 14h00 pour rejoindre le parking du départ. On monte pendant ¾ d’heure pour rejoindre la limite terre/neige et on plante nos tentes. Demain on pourra monter le col de Kearsage tôt pour profiter de la neige dure. Le spot est très beau au bord d’un lac. Obi et Joris vont en profiter pour se baigner dans l’eau à 3 degrés. Je passe mon tour… Les prochains jours, nous allons franchir quasiment 1 col enneigé par jour. Ce qui implique de se poster le soir à moins de 4 miles pour faire la montée tôt le matin (jusqu’à 12 000 pieds en général, sachant que la limite de la neige est environ à 10 000 pieds actuellement) puis de descendre le col dans la foulée jusqu’au fond de la vallée (entre 8 000 et 9 000 pieds), puis enfin de remonter à la limite de la neige pour se placer pour le col du lendemain. Nous avons donc préparé soigneusement notre itinéraire qui nous fera passer par 7 cols en 10 jours dont 4 majeurs au dessus de 12 000 pieds. Nous partons avec 8 jours de nourriture, ce qui est très lourd. Nous ferons un réapprovisionnement à J8 à VVR (un village vacances au bord d’un lac de montagne) pour les 2 jours restants. Nous serons donc plusieurs groupes à faire le même parcours imposé par le rythme 1col / 1 jour en période enneigée. Nos poursuivants plus tardifs ne seront pas tenus par ce rythme car les cols seront déneigé dans quelques semaines. Nous aurons aussi à franchir de grosses rivières et des marécages en fond de vallée car nous sommes en pleine débâcle, la chaleur étant arrivée 1 mois en retard cette année et les tempêtes hivernales du mois de mai ayant rajouté de la neige à une année déjà très enneigée. En revanche, les cours d’eau d’altitude seront encore couverts de neige et nous devrions les passer sur des ponts de neige solides.
J 55 (20 juin) : 7 miles hors PCT + 2 miles PCT (788 à 790)
Nous partons à 4h30 et faisons l’ascension du col de Kearsage que nous avions passé dans l’autre sens pour sortir du PCT. L’ascension est longue mais ne présente pas de difficulté majeure. Nous rejoignons le PCT en restant toujours dans la neige puis remontons encore 2 miles pour nous placer sous Glen Pass (les cols sont appelés Pass en anglais). Nous y arrivons vers 14h00 et plantons nos tentes sur de petits espaces déneigés entourés de rochers. Le vent se lève et rafraîchit pas mal la température ressentie.
J 56 (21 juin) : mile 790 à 801
Départ à 4h30 pour monter Glen Pass. L’ascension est assez raide mais pas trop technique. Par contre, la descente est très raide mais il y a heureusement une bonne trace profonde qui nous permet de bien tenir dans la pente, assurés par nos piolets et nos crampons qui accrochent bien sur la neige matinale encore dure. Nous descendons ensuite en passant par un lac dégelé dont nous allons traverser un bras à gué, avec de l’eau jusqu’à la taille. Viennent ensuite 2 rivières en fond de vallée sans trop de difficulté. Nous entamons ensuite la remontée de la vallée pour se placer sous Pinchot Pass. 2 miles avant le campement, nous avons à traverser un cours d’eau pas très large (6 à 7 mètres) mais très violent et surtout qui tombe vers une très grosse rivière 30 mètres plus bas. Nous croisons un groupe de 4 personnes qui ont planté leurs tentes avant la traversée car une des randonneuses ne se sentait pas de faire la traversée et préférait attendre le lendemain matin pour la faire (le débit étant théoriquement un peu moins fort le matin). Nous décidons de la passer quand même ce soir mais nous installons un système de cordage pour nous assurer et ne pas finir dans la grosse rivière en furie du dessous si jamais nous chutons. Joris passe le premier que nous assurons de la berge. J’installe ensuite le système d’assurage entre 2 arbres solides et je confectionne une boucle entre ce cordage et nous. Nous passons un à un et je rattrape Obi par le bras car elle manque chuter sur la fin de traversée. Nous arrivons finalement tous sains et saufs de l’autre côté et avons une pensée pour la randonneuse restée en amont qui va ruminer cette traversée toute la nuit… Nous plantons nos tentes 2 miles plus haut et faisons sécher nos chaussures et nos affaires avec les quelques minutes de soleil restantes.
J 57 (22 juin) mile 814 à 824
Départ encore une fois à 4h30 pour une longue ascension, Pinchot Pass se trouvant 6 miles plus haut. L’approche est donc longue et éprouvante puisqu’elle se fait quasiment entièrement dans la neige. Je commence à être bien habitué aux crampons et au piolet et je sais maintenant leur faire confiance. Je sens maintenant jusqu’où je peux pousser leurs limites et c’est rassurant, je suis moins crispé. Nous franchissons le col assez tard, vers 08h00 mais heureusement la neige est encore dure. La descente en revanche va être plus fastidieuse dans une neige molle qui va nous ralentir énormément. Nous glissons et nous nous enfonçons dans d’énormes trous, parfois jusqu’à la cuisse. C’est épuisant et nous progressons très lentement. Le fond de vallée reste assez haut et se trouve donc quasiment entièrement sous la neige. La remontée pour se positionner pour le col suivant est donc très difficile aussi dans cette neige molle mais nous devons absolument monter le plus haut possible car Mather Pass est réputée pour être au moins aussi difficile et dangereuse que Forester Pass que nous avons faite quelques jours auparavant. Nous montons donc pour nous placer à 3 miles du col et arrivons épuisés après une journée de 13 heures. Nous plantons nos tentes dans la neige pour la première fois. Il nous faut pour cela tasser la neige pour créer des plate-forme assez plates. Le site est superbe, mais on sait que la nuit va être très froide à cette altitude en dormant sur de la neige… J’appréhende la journée de demain qui nous verra gravir Mather Pass où il faudra grimper des pierriers et un mur de neige glacée.
J 58 (23 juin) : mile 814 à 824
Nous nous réveillons à 3h00 du matin. La nuit a été très froide, il fait -5°C au réveil. Nos matelas ne sont pas assez épais pour nous protéger du froid du sol enneigé. Nous avons donc passé une nuit très courte et froide. Toutes nos affaires restées dehors sont gelées et collées à la neige. Nos chaussures sont complètement gelées (l’humidité d’hier n’a pas eu le temps de sécher et s’est donc transformée en glace dans le tissu). Nous passons donc un bon quart d’heure à casser la glace de nos chaussures pour pouvoir mettre nos pieds dedans. Nous devons ensuite casser la glace au piolet pour arriver à sortir les sardines de la tente qui était elle-même collée à la glace. Bref, on finit par partir à la frontale comme tous les matins. À noter que nous avons la chance d’avoir une lune assez pleine depuis que nous marchons de nuit, ce qui est très beau et agréable. L’approche du col est assez facile et peu pentue car on a fait le plus dur la veille. On arrive donc assez rapidement au pied du col. Il est très impressionnant vu d’en bas. Le mur est très raide et haut, avec plusieurs pierriers à traverser au milieu. Il y a plusieurs voies, la plus facile est à droite, mais nous choisissons de prendre à gauche car il y a eu des avalanches récentes à droite. Il faut donc d’abord accéder à un premier pierrier puis repasser sur le mur de neige pour accéder à un deuxième pierrier puis entamer l’ascension finale dans un mur très raide, tout d’abord presque de face puis en Z dans une pente qui doit avoisiner les 60°, accroché solidement à mon piolet qui assure chacun de mes pas. J’avance sans m’arrêter et arrive finalement en haut avec mes camarades. Je suis très heureux d’avoir réussi cette ascension que j’appréhendais depuis quelques jours et qui a fait renoncer pas mal de randonneurs. Nous entamons ensuite la descente qui va s’avérer longue car elle va nous faire redescendre de 12 000 pieds à 8 000 pieds. Nous traversons un plateau avec plusieurs lac gelés, la neige se ramollie rapidement et nous entrave. Puis d’un coup, on arrive dans une gorge qui va descendre très rapidement en lacets dans des pierrier et des cascades d’eau ruisselantes nous accompagnent. La neige disparaît d’un coup et nous progressons à nouveau rapidement dans un descente qui va nous faire chuter de 3 000 pieds d’un coup. On arrive en bas de vallée au sec vers 15h00 et nous plantons nos tentes détendus car demain sera une journée d’approche de col uniquement sur 11 miles avec de la neige seulement sur les derniers miles. On fait sécher nos affaires et on s’offre une bonne sieste bien méritée.
J 59 (24 juin) : mile 824 à 835
Nous avons passé une très bonne nuit et nous nous offrons le luxe d’une grasse matinée jusqu’à 6h00. Nous partons donc à 7h00 et terminons les 3 miles de descente, puis on entame l’ascension sans neige tout d’abord. On longe une grosse rivière dans les bois, la middle fork king river. Joris à vu un ours mais il était derrière moi… Je vois pas mal de chevreuils proches de nous. On se place sous Muir Pass que l’on franchira demain matin. On campe au milieu de la neige, sur un petit bout de terre en dévers pour moi Fred et Obi. Joris et Rémi campent sur de grosses pierres plates.
J 60 (25 juin) : mile 835 à 855
Lever à 3h00 pour départ à 4h00 car grosse journée aujourd’hui : 20 miles au programme avec un col et une longue descente dans la neige. On préfère passer tout ça sur une neige dure. L’ascension de Muir Pass est longue mais pas trop pentue. Ça ressemble plutôt à une succession de petits cols. On fait donc ça chacun à notre rythme, pas besoin de rester groupés. On arrive en haut facilement vers 6h00. Une petite pause et on repart pour profiter de la bonne neige. La descente est facile mais s’étend sur 7 miles. On croise de nombreux lacs gelés puis en eau. Puis on descend en lacets et la neige disparaît. On traverse de nombreux cours d’eau dont la redoutée Évolution creek qui est largement sortie de son cours pour inonder la prairie. Elle n’est pas franchissable au passage habituelle car trop violente. On la traverse donc sur un trajet alternatif où elle est assez plate et moins impétueuse. Elle est très large (une trentaine de mètres) et assez profonde (à la taille pour moi) mais elle se traverse assez facilement finalement. On longe ensuite la south fork San Joakin river qui est très grosse mais que l’on franchit heureusement sur un pont de bois. On campe au bord sur un joli spot.
J 61 (26 juin) : mile 855 à 874
C’est mon anniversaire aujourd’hui et pour fêter ça, Fred m’offre un bon thé chaud au réveil. On fait l’ascension pour Selden Pass, un col facile pour lequel on ne s’est pas donné la peine de se placer. On marche 11 miles pour y accéder. On passe par de nombreux lacs en eau et des forêts après avoir fait une grosse montée en lacets. La neige commence 2 miles avant le col mais ce n’est pas très pentu. On fait l’ascension non groupés car c’est facile. Je monte avec Rémi en tête et on n’a même pas besoin de chausser les crampons ni d’utiliser le piolet car la neige accroche bien et il n’y a aucun danger si on chute. On arrive au col à 9h00 et on va attendre Fred qui s’est un peu perdu dans la neige et ne va arriver que vers 10h15. On fait donc la descente dans la soupe…. En fond de vallée, on va traverser Bear creek, la deuxième rivière très redoutée de cette section. Elle est bien agitée effectivement et large (20 mètres environs pour une profondeur à la taille). On cherche le meilleur passage qui s’avère être en amont du chemin et on traverse un à un. C’est sportif et rude. Il faut bien assurer toujours 3 appuis sûrs (pieds-bâtons) et se tenir face au courant en évoluant de côté. Joris et moi passons d’abord, puis on va aider Obi sur la fin car elle mesure 1,54m et est donc beaucoup plus exposée au courant que nous (l’eau lui arrive au dessus du nombril et sur la fin elle n’arrive plus à progresser sans danger). Nous passons donc tous et nous offrons un bon séchage sur les rochers et un bon déjeuner. On repart ensuite pour les 5 derniers miles qui vont nous placer à 7 miles de VVR (Vermillon Valley Resort), notre étape de réapprovisionnement. Fred chute accidentellement dans un petit cours d’eau. Il ne se fait pas mal mais a mouillé son appareil photo (on ne protège toutes nos affaires que sur les gros cours d’eau). Il le fait sécher dans un sachet de riz et on verra dans 1 à 2 jours. Le campement est bourré de moustique, la saison commence…
J 62 (27 juin) mile 874 à 875 + 7,5 miles de jonction pour VVR
On part tranquillement à 7h00 avec une demi heure de montée puis une grande descente qui va nous faire passer de 9 900 pieds à 7 600 pieds dans une forêt. On arrive finalement au bord du grand lac Thomas Edison (un lac qui approvisionne un barrage hydro-électrique) que l’on longe pour arriver à VVR, un petit village de vacances en montagne pourvu d’un petit magasin. On va camper là cette nuit et manger un bon burger. Douche et lessive sont bienvenues après 8 jours en montagne !
On quitte VVR à 9h00 et on s’offre la traversée du lac en bateau. On marche 1,5 mile pour rejoindre le PCT puis on entamé la montée que l’on monte chacun à son rythme. Au bout d’une heure, un hélicoptère du shérif se met à tournoyer au dessus de nous et le ranger nous parle avec son haut parleur mais on ne comprend rien. Il se pose entre les arbres pas loin de nous et vient nous demander qui est Fred car sa balise de détresse a été activée. Fred est derrière nous tous et on commence à s’inquiéter pour lui quand finalement il arrive 20 minutes plus tard. Il s’agit heureusement d’une fausse alerte, probablement un dysfonctionnement de la balise. On se confond en excuses mais le shérif est super cool et nous dit préférer une fausse alerte plutôt qu’un accident. Il nous propose même de faire une photo de nous devant l’hélicoptère !
Nous reprenons notre montée un peu secoués tout de même. Nous traversons un torrent sous une cascade, c’est magnifique. Vient ensuite l’ascension de Siker Pass que nous faisons donc dans la neige molle. C’est long et pénible mais pas difficile. La descente va se faire dans la neige jusqu’au campement où nous trouvons un petit coin sans neige pas loin d’une cascade.
J 64 (29 juin) : mile 888 à 906 + 3,5 miles de jonction pour Mammoth
On part à 6h00 et on va rester la majeure partie de la journée vers les 10 000 pieds, ce qui fait qu’on va patauger dans la neige molle où les névés toute la journée, même quand on arrive à 8 000 pieds, ce que l’on n’attendait pas. On met don un temps fou à parcourir des miles que l’on pensait faciles. On arrive vers 17h00 au parking et le stop ne marche absolument pas. On finit par commander un Uber qui nous fait arriver à la station de ski de Mammoth vers 19h30. On se fait un gros burger et on trouve le dernier petit bungalow libre de la station (tous les campings et les hôtels sont pleins, on est samedi).
On se repose à Bishop et on prépare l’itinéraire suivant qui devrait nous prendre 11 jours avec un petit réapprovisionnement au 8ème jour. Au programme, presque 1 col par jour et de nombreuses traversées de rivières pas faciles.
Rémi a eu très chaud dans l’ascension du mont Whitney : il a dévissé dans la descente et a fait une chute de 100 mètres en perdant son piolet. Il a eu la chance de pouvoir s’arrêter sur un pierrier et de ne pas dévisser plus bas. Il s’en sort avec de grosses égratignures et un hématome sur une jambe, ce qui est un moindre mal. Joris qui a l’habitude de l’alpinisme nous a dit que c’était difficile et qu’il aurait fallu du vrai matériel d’alpinisme pour être vraiment dans de bonnes conditions de sécurité.
Cela nous réconforte dans l’idée de ne pas l’avoir fait et nous sommes heureux d’avoir récupéré Rémi sans trop de dégât.
Nous partons le 19/06 pour aller récupérer le chemin vers 14h30. On prend un taxi qui va nous amener au parking du départ et on va monter 1h30 puis bivouaquer au pied de la limite neigeuse pour attaquer le col de Keasarge en sens inverse demain matin tôt.
Pas de nouvelles prévues avant 10 ou 11 jours à priori.
Depuis Kennedy Meadows on chemine dans une plaine pendant 1 heure puis on attaque l’ascension vers les hauts sommets. Le sac est très lourd sur les épaules. C’est douloureux et ça ralenti. La première ascension va nous mener de 6000 à 7800 pieds où se trouve un plateau avec une grande rivière. Une deuxième ascension va ensuite nous mener à 8500 pieds où je retrouve Joris pour le pique nique. Ensuite nous redescendons à 7800 pieds et enjambons une grande rivière sur un pont de bois. Puis une longue montée raide qui nous mène à 10200 pieds à la limite du manteau neigeux. Des marmottes jouent autour de nous. Nous campons sur un éperon avec une superbe vue sur le vide.
J 46 (11/06) Mile 722 à 743
On finit la montée dans la neige puis on redescend face nord avec une neige bien dure pour se retrouver dans un vallon plein de cours d’eau. On reprend ensuite une ascension bien raide dans les rochers qui se termine dans la neige à 10 500 pieds avec un beau site pour le pique nique. On redescend ensuite à 10 000 pieds pour le bivouac.
J 47 (12/06) mile 743 à 755,2
On est maintenant complètement dans la neige, on va rester en plateau autour de 11000 pieds pour la journée. On traverse de grandes étendues de neige magnifiques avec des forêts de séquoias majestueuses. La progression dans la neige est difficile et lente. Le matin tôt, la neige est dure et donc plus facile à marcher avec les crampons qui accrochent bien. Par contre, à partir de 9h00 elle devient molle et on s’enfonce énormément, parfois jusqu’à la cuisse. Se retirer des trous est difficile et fatiguant, ce qui rend notre progression lente. En 10h00 nous n’aurons finalement fait que 13 miles, ce que nous avions anticipé sur notre planning heureusement. Le 2ème élément qui nous ralenti est l’absence de chemin au sol puisque couvert de neige et absence de balisage. On suit donc des traces dans la neige quand il y en a, sinon il faut sortir le GPS régulièrement pour corriger nos trajectoires. Nous campons finalement sur un petit bout de terre entouré de neige.
J 48 (13/06) mile 755,2 à 766,5 + 1 mile pour le camp de base
Nous nous réveillons vers 5h00 et tout est gelé autour de nous. Il fait—5°C au thermomètre de Fred. Mon filtre à eau est gelé car je l’ai laissé sous l’auvent de la tente, il va falloir le réchauffer avant de partir. Nous entamons notre journée à 6h00 sur une neige bien dure, ce qui facilite nettement notre progression avec des crampons qui accrochent bien et nous ne nous enfonçons pas. Le lever de soleil dans la forêt est de toute beauté. On n’entend que nos pas qui crissent sur la neige dure. On descend dans un vallon où se trouve notre première rivière à traverser. Il s’agit de Rock Creek qui va s’avérer facile à franchir presque au sec car un arbre mort l’enjambe presque entièrement. Heureusement car le débit est assez fort. De l’autre côté on tombe sur une biche qui se laisse prendre en photo. Vient ensuite une ascension très raide d’abord dans un pierrier puis dans la neige. Au milieu coule un grand ruisseau impétueux mais facile à traverser. Nous y faisons une pause et remplissons nos gourdes avant de terminer la côte. Ensuite nous descendons dans un grand cirque de neige puis atteignons un lac gelé que nous contournons et nous remontons un pic sur lequel nous pique niquons avec une superbe vue sur les vallées alentours. Nous effectuons plusieurs descentes et montées qui vont nous mener sur la rivière Whitney Creek au pied du mont Whitney. Il faut la traverser à pied cette fois, pas de tronc. Nous nous mettons en caleçon et chaussures légères pour la franchir, avec notre sac sur le dos et les bâtons pour nous maintenir debout. Je passe le premier et mes camarades me suivent une fois que je suis passé. C’est froid (2 à 3°C) mais c’est vite traversé et surtout il fait chaud dehors avec un grand soleil. On sèche donc rapidement sur l’autre rive et on se rhabille de nos vêtements secs et de nos chaussures de montagne sèches. On remonte ensuite un affluent qui va nous mener au camp de base pour l’ascension du mont Whitney où nous attendent Rémi et Joris qui avaient de l’avance sur nous. Après discussion avec d’autres randonneurs, Obi Fred et moi décidons de ne pas faire l’ascension du mont Whitney car elle s’avère très longue (13 à 18 heures) et difficile cette année en raison de l’enneigement exceptionnel. On va donc laisser Rémi et Joris le faire seuls. Ils vont partir à minuit pour avoir de la neige bien dure. On se rejoindra à Bishop dans 3 où 4 jours.
J 49 (14/06) mile 766,5 à 774 + 1 mile pour descendre du camp de base
On part vers 5h30 pour profiter de la neige dure. On traverse de grandes plaines et des forêts puis on descend dans un vallon avec la rivière Wallace creek à traverser, qui ne pose pas de grande difficulté. On remonte ensuite pour traverser la rivière Wright Creek qui elle est assez violente et difficile à franchir. On s’encorde pour assurer le passage chacun notre tour. Heureusement un tronc est immergé juste en amont et nous nous tenons à ses branches qui émergent car nos bâtons ne suffisent pas à nous stabiliser dans le fort courant. Nous refaisons ensuite une ascension puis une descente qui nous mène au campement au pied de Forrester Pass, le plus haut col de la Sierra que nous aurons à traverser (13 123 pieds) et l’un des plus difficiles. Il se trouve à 5,7 miles de notre camp. Nous passons l’après midi à nous préparer et à nous reposer car il faudra l’attaquer très tôt pour avoir de la neige dure jusqu’au col sinon ce sera trop dangereux. Nous décidons de nous lever à 1h00 pour un départ à 2h00 à la frontale
J 50 (15/06) mile 774 à 787
Nous partons donc à 02h00 à la frontale sous belle lune presque pleine et un ciel bien clair. À 02h30 nous avons une rivière à traverser et elle est très violente. On se déshabille dans la neige et on s’assure avec la corde. Je passe le premier, ça secoue sacrément et le froid me saisit les pieds. Le milieu de la rivière est très fort, il faut bien assurer ses appuis avec les pieds et les 2 bâtons de marche pour ne pas se faire emporter. Je sors rapidement de l’autre côté de la rive et cours me frictionner les jambes avec une serviette puis je me change pour essayer de me réchauffer. Obi puis Fred passent aussi. On se réchauffe rapidement puis on repart vite pour ne pas se refroidir. Nos pieds resteront douloureux pendant une bonne demi heure. L’ascension commence vraiment et va durer 3 heures dans la neige dure qui accroche bien et dans une pente régulière. Vers 5h00,le soleil commence à pointer derrière les sommets alors que nous arrivons en bas de la falaise. On voit la passe 200 mètres au dessus de nos têtes et on devine la trace pour y accéder. C’est assez impressionnant quand on voit la pente raide enneigée qu’il va falloir gravir. L’accès se fait donc tout d’abord par une montée en dévers en zigzag dans laquelle il faut bien placer les crampons et le piolet pour garder de bons appuis car la pente est raide. On passe ensuite des rochers qui affleurent par-dessus la neige, puis on retrouve le chemin sans neige sur une centaine de mètres. Enfin, on accède au dernier passage, le plus impressionnant juste sous le col. Il faut à nouveau passer dans un gros dévers enneigé sur une trentaine de mètres. En dessous de nous il y a 200 mètres de vide. Ce n’est pas extrêmement dur techniquement car la trace est bonne et les appuis sûrs, mais c’est très impressionnant. On accède finalement au sommet vers 7h00 et on s’ouvre une cannette de bière que je traîne dans mon sac pour l’occasion depuis 5 jours. C’est un grand bonheur et un grand soulagement d’avoir réussi à franchir ce col réputé difficile quand il est enneigé. Nous entamons ensuite la descente alors que la neige commence déjà à ramollir, ce qui est pas mal car on peut descendre en glissade sur les fesses sur certaines pentes où il n’y a pas de danger. Un randonneur local nous apprend la technique de maîtrise avec le piolet et nous ouvre la voie. C’est un régal de dévaler la pente et on en profite pour parfaire notre technique d’arrêt au piolet sur des pentes faciles. La descente jusqu’en fond de vallée 4000 pieds plus bas va nous prendre presque 7 heures + 1h00 de pause repas. On ne revoit la terre qu’arrivés à notre campement vers 15h00,ce qui nous fait une journée de 13h00. On est fatigués et on s’offre une bonne sieste après avoir monté nos tentes. Demain, on sort de la montagne pour un repos bien mérité et un ravitaillement avant d’entamer une nouvelle section de 7 à 8 jours en autonomie dans la montagne. Mais pour cela il nous faudra prendre un chemin hors du PCT de 9 miles et franchir un nouveau col dans les 11 000 pieds.
J 51 (16/06) mile 787 à 788,5 + 9 miles pour sortir de la Sierra
On part à 4h30 pour profiter de la neige dure et on commence par une ascension assez raide de moins d’1 heure dans la neige. On prend la bifurcation vers le col de Keasarge qui va nous faire passer par une série de lacs glacés dans un grand cirque boisé. Il faut ensuite se hisser dans la pente pour accéder sous le col. La montée n’est pas difficile techniquement mais elle est très pentue et donc fatigante. Cette fois-ci l’arrivée se fait sur le chemin déneigé en zigzag sur environ 500 mètres. La vue est magnifique avec un grand lac gelé de l’autre côté. On prend un peu de repos puis commence la descente de 3000 pieds qui va nous amener sur un parking de départ de randonnée. On repère les lieux car on devra réemprunter ce même chemin pour rentrer dans la Sierra après notre ravitaillement et on compte dormir sur le sentier à un endroit déneigé après avoir fait une première ascension. Arrivés au parking, on a la chance de trouver un surfeur qui rentre sur Bishop à 40 miles d’ici et qui accepte de nous amener dans sa voiture. On s’installe à l’hostel California, un joyeux repères de randonneurs avec une grande salle à manger, de grand salons avec des films et des jeux, une grande cuisine commune avec de gigantesques frigos à notre disposition. On se régale d’une grande douche chaude et on fait notre lessive au lavomatic juste en face en utilisant de super vêtements babs propres mis à notre disposition par l’hôtel en attendant que notre linge soit propre. On va prendre 2 jours pour attendre Rémi et Joris et étudier la suite du parcours.
On prend des calories, on se repose et on prépare l’itinéraire. Une amie française déjà croisée en route va se joindre à nous pour la Sierra, il s’agit d’Auberie surnommée Obi.
L’endroit est assez incroyable. Une sorte de saloon au milieu de nulle part. Il y a une peau d’ours au mur, des têtes de cerf empaillés et autres joyeuseries.
On fait nos courses pour 7 jours et c’est très lourd. Demain on pèsera nos sacs une fois nos tentes pliées.
J44 (9 juin) : Zero day
On fait nos sacs pour aller au General store 2 miles plus loin, ça nous rapproche du départ.
Avec la boîte à ours (boîte en plastique obligatoire pour protéger la nourriture des ours dans la Sierra), la nourriture pour 7 jours, le piolet, les crampons, le pantalon de ski, les guêtres et quelques vêtements qui ont changés (gants de montagne, haut technique) j’arrive à 19,9kg. Il faudra rajouter l’eau mais dans la montagne il y en aura partout. Les autres sont à peu près pareils.
Le nouveau duvet est vraiment plus chaud et c’est un bon point.
Départ tôt demain matin. Les 2 premiers jours seront avec peu de neige. Ensuite, ça monte au delà de 10 000 pieds et la neige sera de la partie.
Le départ est un peu compliqué, la ville étant loin du sentier. Un trail Angel devait nous amener mais ça tombe à l’eau. On prend donc un Uber et nous arrivons au départ vers 10h00. Il fait chaud et on attaque la première montagne de la journée qui nous mène sur un joli col un peu plus au frais mais on redescend immédiatement tout ce que l’on vient de monter avant de repartir pour une autre montagne qui nous fait redescendre tout aussi abruptement. On passe la marque du 1/4 du PCT. La journée se termine au pied de cette seconde montagne sous un tonnerre impressionnant qui n’accouchera heureusement que de quelques gouttes au moment où l’on plante la tente au seul point d’eau de la journée. Le temps se dégage ensuite rapidement et nous passons une soirée agréable et tiède jusqu à 20h00. Un record !
J41 (6 juin) : Mile 668,7 à 691,7
La journée va encore se dérouler selon le même schéma avec 2 bonnes montagnes à franchir sans rester dans les hauteurs.
La première montée est assez raide mais heureusement à l’ombre car nous attaquons tôt. Le sommet se franchit en passant 3 petits cols qui sont très beaux et fleuris. On redescend ensuite pour retrouver une source d’eau et vient ensuite la deuxième montagne que j’attaque vers 11h30. Il se met à faire très chaud et je me démène pendant une heure en transpirant comme rarement. J’arrive finalement à un spot sympa pour le repas de midi à l’ombre où je rejoins Rémi et Joris, avec une petite sieste d’une demi heure.
Vient ensuite la fin de l’ascension qui va être moins chaude heureusement. Cette deuxième partie se fait dans une forêt brûlée et donc pas mal de vent. Je redescends ensuite 5 miles et m’arrête pour camper sur un petit promontoire très joli. Fred me rejoint un peu plus tard.
Demain sera l’arrivée sur Kennedy Meadows. Je savoure d’avance ce moment mythique pour les randonneurs du PCT.
J42 (7 juin) : Mile 691,7 à 702
Lever tranquille vers 7h00. Fred est déjà parti vers 5h00. Je descend une petite demi heure et retrouve Rémi et Joris qui ont dormi là. On prend le petit déjeuner et on se remet en route pour les 8 miles qui nous séparent de Kennedy Meadows. Le paysage se transforme doucement sous nos yeux avec des petites forêts. On croise puis on longe la South fork kern river. C’est beau et plein d’animaux. Les sommets aperçus au loin sont enneigés. On passe le mile 700.
J’arrive à Kennedy Meadows vers 11h00 à l’auberge Grumpy Bear Retreat (à l’ours grincheux), un des 2 spots du PCT sur le plateau. Je suis surpris d’arriver en même temps que Fred qui s’est un peu perdu en chemin. Il faut dire qu’il y avait 3 miles en plus à faire pour arriver ici et le GPS n’était pas très clair sur cette section.
Rémi et Joris nous rejoignent peu de temps après et on se régale d’une magnifique bière victorieuse. On y est ! On se commande ensuite d’énormes hamburgers. Puis je vais chercher mes colis pour la Sierra.
On prévoit de débuter notre section montagne dans 3 jours, le temps de réorganiser nos sacs et de planifier notre première étape qui va être longue (7 jours en autonomie) et corsée (mont Whitney à 4400 mètres et Forester pass à 4000 mètres)
On passe la journée à Ridgecrest sous une chaleur infernale. La ville est dans une cuvette du désert et la température est à 39°C aujourd’hui. On est pas très loin de la vallée de la mort. On se réfugie dans notre chambre climatisée la majeure partie de la journée. Je pars faire mes courses et la lessive qui est à 2 miles de l’hôtel. Il fait tellement chaud que je suis obligé de rentrer en taxi sinon mes vêtements propres ne le resteront pas longtemps …
On se fait un petit resto sympa avec Fred, on trouve pour la première fois une viande grillée dont on rêvait depuis longtemps !
Cheryl nous fait un petit-déjeuner royal avec des pancakes aux myrtilles, du jus d’orange, des saucisses, une salade de fruits géante et du café. Du coup on traîne un peu, on resterait bien si on s’coutait. Mais bon, le chemin nous attend et on le rejoint vers 09h30 après remerciements très chaleureux pour nos hôtes.
On part pour une belle montée qui va nous mener sur des crêtes magnifiques. Il y a plein de California puppies (des coquelicots oranges) et de beaux Joshua Trees, ces arbres cactus velus. Au sommet, c’est l’heure du déjeuner et je me trouve un joli coin sous un arbre. C’est bien agréable ce beau temps qui est revenu.
Ensuite, le chemin fait route commune avec une piste de motos et 4×4. C’est bien moins agréable, la piste est ravinée, les virages sont en dévers, il y a des grosses marques de pneu séchées… Bref, c’est très désagréable pour les pieds et ça va durer 4 miles. On franchi une deuxième montagne puis on redescend sur l’unique point d’eau de la journée où je retrouve Rémi et Joris qui étaient pourtant partis la veille. En fait, ils ont fait une intoxication alimentaire et ont passé la journée ici malades comme des chiens !
Je m’installe avec eux pour passer la nuit. Fred nous rejoint 3 heures plus tard car il a 2 ampoules qui lui font mal.
J35 (31 mai) : Mile 583 à 603
La journée est encore belle. Je pars avant dernier du groupe mais vite je les dépasse tous car ils ne sont pas bien en forme. On chemine tranquillement dans des forêts de chênes et de sapins. Ça sent bon et c’est ombragé.
Je passe le mile 600 qui est marqué par des pommes de pin cette fois-ci.
Je refais le plein d’eau à la seule source de la journée où beaucoup d’autres randonneurs vont camper. Trop de monde pour moi, je file 3 miles plus loin et trouve un beau spot en pleine forêt pour passer ma nuit. Comme j’arrive assez tôt vers 15h30, je me pose pour une petite sieste tranquille.
J36 (1er juin) : Mile 603 à 630
Je me lève tôt ce matin vers 5h00 pour un départ à 6h00 car aujourd’hui sera une longue journée sans eau (prochaine source à 34 miles) et nous allons redescendre dans le désert où il devrait faire bien chaud.
Je pars donc avec 5 litres d’eau et c’est lourd. Le début est très beau en sous-bois avec le soleil qui se lève. On voit plein d’écureuils qui courent sur le chemin et dans les arbres, les oiseaux chantent, la forêt se réveille tranquillement et je suis seul au monde. Je chemine comme çà et au moment où je me pose la question d’une petite pause à l’ombre, je passe un flanc de montagne et bim ! C’est le désert, d’un coup. Pas un coin d’ombre, pas un arbre, et la chaleur grimpe. J’arrive finalement à un croisement avec une piste et surprise, une water caché m’attend (des bonbonnes d’eau amenées par les Trail Angels). Je me pose un peu et boit 1 litre d’un coup. Ça rafraîchit et ça fait du bien. Il est 11h00 et le reste de la journée va se passer dans le désert. J’entame une bonne côte dans du gros sable lourd, c’est laborieux. Arrivé en haut, je repère un Joshua Tree qui va me fournir une petite ombre pour la moitié de mon corps et me permettre de manger pas trop exposé.
Je reprend ma marche avec encore 2 montagnes à franchir. Le ciel se couvre avec de gros nuages noirs et le tonnerre gronde. Je pousse ma journée un peu plus loin que prévu car il y a un col où se trouve souvent une water cache et cela me placera au début d’une grosse côte que je préfère attaquer de bon matin à la fraîche.
J’arrive bien fatigué vers 17h30 après 27 miles (42km soit un marathon ) et 1800 mètres de dénivelé positif. Il pleut un tout petit peu puis le vent se lève fort (on est sur un col). La water cache est bien remplie. Je mange rapidement et file sous la tente pour un repos bien mérité
J37 (2 juin) : Mile 630 à 651
J’attaque donc directement par la montée de 5 miles qui est assez raide mais vraiment très belle et il fait bien frais en partant à 7h00. On retrouve rapidement de la végétation d’altitude avec des sapins. Le sommet est à 7000 pieds et on va y rester la majeure partie de la journée. Du sommet on voit le désert derrière nous et se profilent les contreforts de la Sierra Nevada. On voit les premiers sommets enneigés qui ne sont désormais qu’à 3 jours de marche !
Vers 11h00 le ciel se couvre et il se met à pleuvoir alors que le ciel était bien bleu et la température à 28 degrés. Je me remets en tenue de pluie et 30 minutes après il fait tout noir, la température chute de 20 degrés d’un coup et une tempête de grêle s’abat sur moi pendant un bon quart d’heure pour se retransformer en pluie ensuite. Les grêlons font 5 bons millimètres et me fracassent le crâne. Mes mains sont gelées. Bien sûr, pas d’abris. Je courbe la tête et le dos et poursuis mon chemin de croix en me demandant bien ce que j’ai fait pour mériter ça… J’ai un peu l’impression d’être Ulysse dans l’Odyssée parfois. Après ce petit intermède grêleux, le ciel se découvre et il fait chaud à nouveau. Je fais donc ma pause déjeuner et fais sécher mes affaires.
J’entame ensuite la dernière descente qui va me mener près de la route où je ferai du stop pour Ridgecrest.
J’arrive au campground vers 15h00 et un fabuleux Trail magic est là avec des boissons fraîches, des gâteaux et des fruits. Il y a même un gâteau à la crème et à la fraise qui arrive en même temps que moi. Je vais me poser là pour ce soir et demain matin je ferai du stop.
J40 (3 juin) : Mile 651
Je me lève tranquillement vers 7h00. Il n’a pas plu cette nuit mais tout est trempé de rosée. Je prends mon petit déjeuner en faisant sécher ma tente puis je marche le mile qui me sépare de la route. Je fais du stop un peu laborieusement : la première voiture me laisse à un carrefour 10 miles plus loin, mais il m’en reste encore 10 autres. Là j’attends 40 bonne minutes en plein soleil avant d’avoir un deuxième ride qui m’amène à Ridgecrest. Il fait 37 degrés à 10h00, c’est une cuvette dans le désert. Demain il fera 39 degrés.
Je prends une chambre double au motel et j’attends mes 3 compères qui vont arriver en début d’après-midi. On va rester 2 nuits ici avant d’attaquer les 50 miles qui nous mèneront à Kennedy Meadows. Là, on verra quand on rentrera dans la Sierra en discutant avec les gars du coin.
Nos hôtes Ted et Cheryl sont vraiment adorables. Après une super douche + lessive et nuit moelleuse chacun dans un vrai lit, ils nous préparent un copieux petit déjeuner avec des œufs, du café, du jus d’orange et des fruits. Ils nous emmènent en ville pour nos colis et le réapprovisionnement. On a ensuite droit à de la super cuisine mexicaine le midi et le soir.
Nous voilà prêts à repartir demain matin pour l’étape qui nous mènera à Kennedy Meadows aux portes de la Sierra Nevada que nous attaquerons si tout va bien vers le 10 juin. En attendant on va entamer l’ascension progressive vers les montagnes vers les 6 000 à 7000 pieds. Dans la Sierra nous serons entre 8 000 et 14 000 pieds, c’est-à-dire de la haute montagne.
Je me suis commandé un duvet plus chaud à -7°C car mon duvet actuel à + 2°C est déjà juste pour ce que nous venons de traverser + des gants plus chauds et un sous-vêtement thermique pour le haut. Mon piolet, mes crampons et mon pantalon de ski sont expédiés aussi. Bref, on va bientôt passer en vraie tenue d’hiver.
Nous partons avec pas mal d’eau car il n’y a qu’un seul point de ravitaillement sur les 50 prochaines miles.
Le soleil a refait son apparition mais le vent est très fort, annoncé à 60 km/h avec des rafales bien plus violentes. On a l’impression que le soleil qui est pourtant bien présent ne chauffe pas du tout, c’est assez étrange.
On commence par longer l’aqueduc qui approvisionne Los Angeles en amenant l’eau de la Sierra Nevada vers la côte. C’est tantôt un canal ouvert, tantôt un gros tuyau fermé, tantôt une canalisation en béton enterrée. On va le suivre pendant près de 15 miles sur d’infinies lignes droites et du plat. Il y a énormément d’éoliennes qui alimentent Los Angeles, plusieurs centaines sans doute. Heureusement sur cette section nous avons le vent dans le dos. Nous avançons donc rapidement et avons déjà franchis les 17 premiers miles à 13h00 pour notre pause déjeuner. Ce ne sera pas le cas l’après midi où le chemin revient dans un grand arc de cercle face au vent pour entamer la montée d’une montagne où se trouve le seul point d’eau du désert. Ça devient très sportif et marcher est parfois impossible dans les grosses rafales sur les crêtes. Je suis obligé de m’arrêter et me mettre de dos pour laisser passer les risées avant de reprendre mon chemin en louvoyant.
Finalement j’arrive au point d’eau qui est au fond d’un vallon profond et sombre où le vent s’engouffre violemment. On a déjà fait 24 miles et je suis fatigué. Je décide de m’installer ici avec Fred car le prochain spot est à plus d’une heure de marche et il fait déjà sombre. D’autres hiker sont déjà installés et on voit leurs tentes balayées par le vent danser le twist dans des claquements de tissus impressionnants. Rémi et Joris décident de continuer plus loin (ils nous diront que ce n’était pas mieux, Rémi ayant même renoncé à planter sa tente a dormi à la belle étoile) .
On a beaucoup de mal à planter nos tentes. Celle de Fred s’envole alors qu’il avait presque fini de l’installer et la mienne s’aplatit complètement au moment où j’ouvre l’auvent pour ranger mes affaires malgré les sardines bien plantées et sécurisées par de grosses pierres … On fait le plein d’eau pour demain et on file manger chacun sous nos tentes en tenue d’hiver et en espérant qu’elles ne se déchirent pas. Vive le désert.
J32 (28 mai) : Mile 541,5 à 567
Finalement j’ai passé une très bonne nuit. J’ai écouté de la musique pendant que le vent battait ma tente et me suis endormi. Je me suis réveillé vers 23h00 et le vent était complètement tombé. Au réveil tout est trempé alors qu’il n’a pas plu. Je décide de prendre mon temps aujourd’hui. La météo est annoncée bonne et le vent moins fort. Je prend donc un café et des céréales. Ça faisait longtemps que je n’avais pas pris de petit-déjeuner. Lorsque je pars il fait déjà bon et je peux rapidement quitter ma veste. C’est agréable de pouvoir remarcher sans se faire malmener par les éléments. Une grosse montée raide m’attend et je retrouve du plaisir à marcher. Je peux enfin revoir les paysages qui m’entourent. Au sommet, un trail Angel à installé un petit salon de plein air avec des chaises et des parasols au milieu de nulle part. C’est très étonnant et agréable. Je prend le temps de me poser avec d’autres randonneurs, de manger des tortillas et de l’ eau déposés à notre intention.
L’après-midi se fera avec la descente de cette même montagne puis la traversée de nouveaux champs d’éoliennes (encore plus nombreuses que la veille). Je comptais bivouaquer 7 ou 8 miles avant la ville de Tehachapi mais le chemin serpente dans les éoliennes. C’est très bruyant et il n’y a aucun endroit pour planter sa tente. Je vais donc aller au bout des 26 miles et retrouver Fred qui était parti très tôt du campement ce matin. On fait même la course à la fin pour rejoindre la route. Il a trop d’avance et j’arrive juste derrière lui malgré mes efforts. On appelle un trail Angel qui vient nous chercher et va nous loger pour 2 nuits.
Beau temps ce matin. Nouveau petit déjeuner royal puis séance photo par mama avant notre départ. Elle ne nous trouve pas assez souriants et du coup se retourne et baisse son pantalon pour nous montrer ses fesses ! Fou rire général. Mama est parfaitement satisfaite de son effet et de la photo. Elle nous emmène en voiture au départ du chemin, nous fait à nouveau un gros câlin à chacun et nous souhaite bon courage.
Le départ se fait comme c’est d’usage par une bonne montée et se poursuit sur les sommets pendant un bon moment, traversant des forêts de chênes. Malheureusement le mauvais temps annoncé pour demain arrive dès 15h00 avec le scénario habituel : le vent se lève rapidement et se met à souffler en rafales glaciales puis le ciel se noirci progressivement. Je reçois même une alerte météo sur mon téléphone : « attention, phénomène météo en cours, vous êtes en zone inondable ». Tient, on l’avait pas encore eue celle-là ! Je passe rapidement le mile 500 pour la forme et me trouve un abris pour planter ma tente. Encore un repas préparé sous le minuscule auvent du fait de la pluie et je suis sous le duvet à 18h30 à écouter la pluie tomber sur moi.
J30 (26 mai) : Mile 501 à 518
Chers amis.
Je vous écris donc de Sibérie ou je randonne depuis 1 mois maintenant. On sent l’été qui frémit et se rapproche à grands pas : ce matin nous sommes repassés en positif et il fait déjà 2 degrés ! C’est tout à fait inhabituel et précoce. Nous nous réjouissons et nous promenons joyeusement le long des chemins en tenue légère, juste nos pulls, bonnets, gants, doudoune, pantalons longs et vestes de pluie. Quel bonheur. Je me prend même à imaginer revoir le soleil bientôt.
Bref, c’est donc une nouvelle journée de pluie et de brouillard qui nous attend et je commence à vraiment me décourager. J’ai l’impression de passer d’un phénomène météo à l’autre et de ne plus prendre aucun plaisir à marcher depuis un moment déjà. Encore une fois je ne vois pas grand chose des paysages qui m’entourent, le vent est violent et glacial. Je marche la tête baissée, le dos courbé. Nous sommes de pauvres vagabonds bossus errants dans des paysages abandonnés et désolés à la recherche d’un peu de chaleur qui ne vient pas.
J’arrive à Hiker town, la porte d’entrée du désert où je retrouve mes camarades. On avait prévu de passer la nuit dans ce mini village de western pour les hikers mais il n’y a déjà plus de place à 13h00 et pas vraiment d’endroit pour dormir et s’abriter du vent violent qui souffle à pleins poumons dans cette immense pleine. Planter sa tente semble relever de l’exploit.
Je me sens épuisé et vide. Je vais prendre une douche rapide dans le camp avant d’envisager la suite. L’eau est chaude mais c’est juste une toile minuscule transpercée par le vent et je tremble comme une feuille. Mais une fois séché ça fait du bien. On part ensuite faire du stop car il y a un magasin / snack à quelques miles qui pourrait peut-être nous accueillir. Et heureusement c’est le cas. On mange un bon burger au chaud et on s’installe dans une pièce attenante qu’à aménagée le propriétaire pour les hikers. On se retrouve à une vingtaine et allons passer la nuit ensembles. Le patron nous offre à tous une bière le soir. On se prépare à la traversée du désert sur les prochaines 50 miles. Habituellement il se fait de nuit à la frontale car il fait trop chaud la journée. Mais cette année n’est décidément pas comme les autres et pour nous cela se fera de jour en blouson, bonnet et gants de jour….
J’ai passé une très bonne nuit après la rude journée d’hier. Je me réveille et descend la forêt magique pour rejoindre la maison. En chemin je croise plein de hikers qui vont profiter de la journée de repos ici. La journée s’annonce ensoleillée et plus chaude, ça fait du bien. Maman nous prépare un petit déjeuner royal avec du café et d’énormes pancakes. J’en prend 4 tellement c’est bon. Je file ensuite faire mes courses au magasin. En fin de matinée les copains arrivent. On se boit une bonne bière au soleil et on va passer l’après-midi à buller au soleil dans l’herbe.
Le soir venu, nouveau repas préparé par mama puis chacun est invité à esquisser un pas de danse pour gagner le bandana à officiel du PCT. Je me plie volontiers à l’exercice comme tout le monde. On dessine sur de grands draps tendus au mur pour marquer notre passage. Certains dessinent sur des pierres, d’autres se font des tatouages artisanaux. Joyeuse communauté heureuse de pouvoir s’abriter un moment. Mais demain il nous faudra repartir à nouveau sur la route…
Nuit agitée dans le camping, coincé entre la voie de chemin de fer et la route. En plus il y a une centaine de lycéens qui campent à côté de moi.
Je cherche sur le blog de Fred sa position GPS qui est mise à jour en permanence et ça me confirme qu’ils sont bien à Hiker Paradise, un gros squat à côté d’Aguadulce, à 10 miles devant moi. Je pars donc tranquillement vers 8h00 pour arriver à 11h15 sur place et manger avec eux puis passer la nuit ici, c’est gratuit !
En chemin, je passe dans de très beaux canyons et le site de Vasquez Rocks, des rochers dans tous les sens grâce à la faille de San Andrea qui passe juste sous nos pieds. C’est un endroit que l’on voit dans de nombreux films et un site touristique important.
Le temps est toujours froid. Habituellement, la partie que je m’apprête à faire se pratique de nuit car il fait trop chaud. Nous on a froid même en pleine journée, alors la nuit, on dormira !
J27 (23 mai) : Mile 454 à 478
Aujourd’hui nous avions convenu de faire 12 miles et pareil demain pour se retrouver à Casa de Luna demain en fin de matinée (c’est une maison tenue par des trails Angels assez loufoques et bien connue des randonneurs, une étape obligée). On ne presse donc pas, petit déjeuner copieux au bar et départ à 10h00. Ça commence avec 2 bonnes montagnes à franchir et très vite le brouillard et le vent sont de la partie puis arrive la pluie, encore une fois. On ne voit plus rien. Seul le chemin et les buissons le bordant. J’ai l’impression de répéter sans fin la même section et regarde souvent mon GPS pour m’assurer que j’avance réellement. Le temps ne s’arrangeant pas, je décide de ne pas m’arrêter, aucune envie de planter encore une fois ma tente dans ces conditions. Je vais donc faire les 24 miles d’une traite, ce qui va me faire arriver tard à Casa de Luna vu le départ tardif.. J’y parviens finalement vers 18h45. Il me reste à faire du stop pour y arriver. Je suis trempé et je grelotte de froid. Arrivé chez les Trail Angel c’est l’heure du repas et je suis le dernier arrivé. C’est une joyeuse communauté d’une quarantaine de hikers qui est là à se réchauffer et se remettre auprès de la mama qui tient les lieux. C’est un personnage hors du commun, une ancienne baba cool qui nous donne à tous une chemise hawaïenne dès notre arrivée et nous fait un gros câlin. Je mange rapidement car je suis épuisé et file monter ma tente dans le jardin derrière la maison. En guise de jardin, c’est une sorte de forêt enchantée qui semble s’étendre sans fin avec de multiples chemins parsemés de petites niches où chacun peut planter sa tente. Le sentier est bordé de nombreuses pierres peintes et de panneaux à la mode des années 68 avec plein de slogan du genre « tout ce qui se passe dans la forêt reste dans la forêt, excepté la syphilis ».
Je décide de repousser mes explorations à demain et rejoins ma tente pour une bonne nuit de repos. Mes camarades arriveront demain en fin de matinée
Lynn nous amène au départ du PCT au mile 369. On zappe volontairement 6 miles du chemin qui nous auraient obligés à remonter 2000 pieds et rajouter 4 miles. Vu la météo qui s’annonce, il ne vaut mieux pas rester trop longtemps sur les sommets…
Donc départ vers 7h30 du chemin. Une grosse journée nous attend avec l’ascension du mont Baden Powel à 9400 pieds soit 2865 mètres.
On démarre avec une côte que l’on redescend complètement pour se retrouver au pied du mont. Démarre alors une longue ascension sur environ 4 miles bien raides. Le dernier mile va se faire entièrement dans la neige. Comme il n’y a plus de chemin visible, les traces montent droit dans la pente. Ça pique un peu les jambes et le souffle, et surtout ça glisse pas mal. Je n’ai pas mes crampons car je les ai envoyés par la poste à la Sierra Nevada, comme cela se fait habituellement. Mais cette année est tout sauf habituelle. Les sommets de la Californie du Sud sont encore très enneigés…
J’arrive tout de même au sommet sans trop de difficulté et le neige disparaît sur tout le haut. La vue est absolument magnifique sur 360 degrés et le soleil est avec nous pour une fois.
J’entame ensuite la descente avec Rémy car Fred n’est pas encore arrivé au sommet et on préfère ne pas trop traîner. La descente s’avère beaucoup plus difficile. Elle est au nord et très enneigée. Il n’y a donc pas de chemin visible. On suit des traces mais ce ne sont pas les bonnes. On s’en rend compte sur le GPS. Malheureusement, on se retrouve dans des pentes en dévers couvertes de neige et très glissantes. Je fais plusieurs glissades et me retrouve plus de 10 mètres plus bas. Ce n’est pas dangereux car il y a des arbres partout pour arrêter mes glissades. Mais bon, on perd un temps fou à remonter et à se repérer. En chemin on croise une randonneuse complètement tétanisée. Elle a vu un autre randonneur partir en longue glissade qui s’est un peu égratigné la jambe et elle n’ose plus avancer. Elle scande « oh my god » en continu. On l’aide à passer et ça va mieux.
Pour notre pause repas vers 14h00, on voit arriver Fred tout tranquille. Il ne s’est pas perdu dans la neige mais à pris par les crêtes moins enneigées. Il nous a donc gentiment rattrapés.
On termine la journée par une grande descente, puis une autre montagne à franchir. Le temps commence à se dégrader avec des nuages et un froid intense qui s’installe. On termine nos 21 miles fatigués (2200 mètres de dénivelé positifs et 2300 mètres négatifs) et on commence à avoir sérieusement froid. On se pose dans un campground à 6500 pieds (après ça remontera). Le brouillard s’installe rapidement et la pluie arrive, nous obligeant à nous réfugier dans nos tentes juste après manger. La tempête arrive plus tôt que prévu et la nuit va être glaciale…
J23 (19 mai) : mile 390 à 406,7
La nuit à été glaciale et la pluie continue. Quand on se réveille il se met à neiger avec un brouillard très dense. On se parle de tente à tente et on décide d’attendre, quitte à rester la journée ici puisque la météo d’hier prédisait une amélioration pour demain. Vers 10h30 un Trail Angel miraculeux nous klaxonne pour nous proposer du chocolat chaud et des fruits ! On se précipite pour se réchauffer. Il nous apprend que malheureusement la météo sera mauvaise pour les 2 jours qui suivent. On se décide donc à partir, il faut descendre absolument en altitude. Le PCT est bloqué à cet endroit et dévié sur plus de 4 miles sur la route pour cause de régénération animale (une espèce de grenouille protégée). On fait donc du stop et nous sommes pris rapidement par un cowboy dans un énorme pick up. On lui dit qu’on est Français. Il nous demande si on est musulmans… Vive l’Amérique profonde de Trump ! Enfin, il fait le bouleau et nous dépose à la jonction du PCT. On descend et la chape de brouillard et de pluie se retrouve au dessus de nous, mais il fait toujours un froid glacial. À 14h00,un rayon de soleil fait son apparition. On en profite pour manger et faire sécher nos tentes. On arrive en fin d’après-midi dans un campement. On lance un feu dan un endroit prévu pour. On mange au chaud au bord des flammes puis il se remet à pleuvoir. Tous au lit.
J24 (20 mai) : mile 406,7 à 430,6
La nuit à encore été glaciale et pluvieuse. La tente est trempée avec des endroits gelés.
On entame une bonne montée puis une descente. Vers 12h00 le soleil apparaît, on fait sécher nos tentes. On effectue ensuite une grande montée et une non moins grande descente qui va nous mener à notre camp pour la nuit. Même scénario du froid, du feu, puis du brouillard et de la pluie. Demain, on entame une grande descente qui va nous fait passer de 5500 pieds à 2000 pieds. La température devrait donc remonter.
J25 (21 mai) : mile 430,6 à 444
Je me lève à 5h45 pour un départ à 6h30. Marre du froid, je veux descendre rapidement. Peu à peu, je laisse le brouillard au dessus de moi. La descente est longue et sinueuse et le froid toujours présent (je reste en doudoune, bonnet, gants et pantalon pendant près de 4 heures de marche). J’arrive finalement au camping que je visais mais mes 2 camarades n’y font pas halte car je ne les retrouve pas. Je fais sécher ma tente, m’installe, prend une grade douche chaude et fais mon linge. J’espère que l’on va bientôt sortir de l’hiver. Pour une région où il est censé ne jamais pleuvoir et où l’on est censé avoir très chaud dans des paysages arides, je trouve qu’on nous a un peu survendu le truc…