J34 à J38 (30 mai au 3 juin) : Mile 566 à 651


J34 (30 mai) : Mile 566 à 583

Cheryl nous fait un petit-déjeuner royal avec des pancakes aux myrtilles, du jus d’orange, des saucisses, une salade de fruits géante et du café. Du coup on traîne un peu, on resterait bien si on s’coutait. Mais bon, le chemin nous attend et on le rejoint vers 09h30 après remerciements très chaleureux pour nos hôtes.

On part pour une belle montée qui va nous mener sur des crêtes magnifiques. Il y a plein de California puppies (des coquelicots oranges) et de beaux Joshua Trees, ces arbres cactus velus. Au sommet, c’est l’heure du déjeuner et je me trouve un joli coin sous un arbre. C’est bien agréable ce beau temps qui est revenu.

Ensuite, le chemin fait route commune avec une piste de motos et 4×4. C’est bien moins agréable, la piste est ravinée, les virages sont en dévers, il y a des grosses marques de pneu séchées… Bref, c’est très désagréable pour les pieds et ça va durer 4 miles. On franchi une deuxième montagne puis on redescend sur l’unique point d’eau de la journée où je retrouve Rémi et Joris qui étaient pourtant partis la veille. En fait, ils ont fait une intoxication alimentaire et ont passé la journée ici malades comme des chiens !

Je m’installe avec eux pour passer la nuit. Fred nous rejoint 3 heures plus tard car il a 2 ampoules qui lui font mal.


J35 (31 mai) : Mile 583 à 603

La journée est encore belle. Je pars avant dernier du groupe mais vite je les dépasse tous car ils ne sont pas bien en forme. On chemine tranquillement dans des forêts de chênes et de sapins. Ça sent bon et c’est ombragé.

Je passe le mile 600 qui est marqué par des pommes de pin cette fois-ci.

Je refais le plein d’eau à la seule source de la journée où beaucoup d’autres randonneurs vont camper. Trop de monde pour moi, je file 3 miles plus loin et trouve un beau spot en pleine forêt pour passer ma nuit. Comme j’arrive assez tôt vers 15h30, je me pose pour une petite sieste tranquille.


J36 (1er juin) : Mile 603 à 630

Je me lève tôt ce matin vers 5h00 pour un départ à 6h00 car aujourd’hui sera une longue journée sans eau (prochaine source à 34 miles) et nous allons redescendre dans le désert où il devrait faire bien chaud.

Je pars donc avec 5 litres d’eau et c’est lourd. Le début est très beau en sous-bois avec le soleil qui se lève. On voit plein d’écureuils qui courent sur le chemin et dans les arbres, les oiseaux chantent, la forêt se réveille tranquillement et je suis seul au monde. Je chemine comme çà et au moment où je me pose la question d’une petite pause à l’ombre, je passe un flanc de montagne et bim ! C’est le désert, d’un coup. Pas un coin d’ombre, pas un arbre, et la chaleur grimpe. J’arrive finalement à un croisement avec une piste et surprise, une water caché m’attend (des bonbonnes d’eau amenées par les Trail Angels). Je me pose un peu et boit 1 litre d’un coup. Ça rafraîchit et ça fait du bien. Il est 11h00 et le reste de la journée va se passer dans le désert. J’entame une bonne côte dans du gros sable lourd, c’est laborieux. Arrivé en haut, je repère un Joshua Tree qui va me fournir une petite ombre pour la moitié de mon corps et me permettre de manger pas trop exposé.

Je reprend ma marche avec encore 2 montagnes à franchir. Le ciel se couvre avec de gros nuages noirs et le tonnerre gronde. Je pousse ma journée un peu plus loin que prévu car il y a un col où se trouve souvent une water cache et cela me placera au début d’une grosse côte que je préfère attaquer de bon matin à la fraîche.

J’arrive bien fatigué vers 17h30 après 27 miles (42km soit un marathon ) et 1800 mètres de dénivelé positif. Il pleut un tout petit peu puis le vent se lève fort (on est sur un col). La water cache est bien remplie. Je mange rapidement et file sous la tente pour un repos bien mérité


J37 (2 juin) : Mile 630 à 651

J’attaque donc directement par la montée de 5 miles qui est assez raide mais vraiment très belle et il fait bien frais en partant à 7h00. On retrouve rapidement de la végétation d’altitude avec des sapins. Le sommet est à 7000 pieds et on va y rester la majeure partie de la journée. Du sommet on voit le désert derrière nous et se profilent les contreforts de la Sierra Nevada. On voit les premiers sommets enneigés qui ne sont désormais qu’à 3 jours de marche !

Vers 11h00 le ciel se couvre et il se met à pleuvoir alors que le ciel était bien bleu et la température à 28 degrés. Je me remets en tenue de pluie et 30 minutes après il fait tout noir, la température chute de 20 degrés d’un coup et une tempête de grêle s’abat sur moi pendant un bon quart d’heure pour se retransformer en pluie ensuite. Les grêlons font 5 bons millimètres et me fracassent le crâne. Mes mains sont gelées. Bien sûr, pas d’abris. Je courbe la tête et le dos et poursuis mon chemin de croix en me demandant bien ce que j’ai fait pour mériter ça… J’ai un peu l’impression d’être Ulysse dans l’Odyssée parfois. Après ce petit intermède grêleux, le ciel se découvre et il fait chaud à nouveau. Je fais donc ma pause déjeuner et fais sécher mes affaires.

J’entame ensuite la dernière descente qui va me mener près de la route où je ferai du stop pour Ridgecrest.

J’arrive au campground vers 15h00 et un fabuleux Trail magic est là avec des boissons fraîches, des gâteaux et des fruits. Il y a même un gâteau à la crème et à la fraise qui arrive en même temps que moi. Je vais me poser là pour ce soir et demain matin je ferai du stop.


J40 (3 juin) : Mile 651

Je me lève tranquillement vers 7h00. Il n’a pas plu cette nuit mais tout est trempé de rosée. Je prends mon petit déjeuner en faisant sécher ma tente puis je marche le mile qui me sépare de la route. Je fais du stop un peu laborieusement : la première voiture me laisse à un carrefour 10 miles plus loin, mais il m’en reste encore 10 autres. Là j’attends 40 bonne minutes en plein soleil avant d’avoir un deuxième ride qui m’amène à Ridgecrest. Il fait 37 degrés à 10h00, c’est une cuvette dans le désert. Demain il fera 39 degrés.

Je prends une chambre double au motel et j’attends mes 3 compères qui vont arriver en début d’après-midi. On va rester 2 nuits ici avant d’attaquer les 50 miles qui nous mèneront à Kennedy Meadows. Là, on verra quand on rentrera dans la Sierra en discutant avec les gars du coin.

J33 (29 mai) : Zero day

Nos hôtes Ted et Cheryl sont vraiment adorables. Après une super douche + lessive et nuit moelleuse chacun dans un vrai lit, ils nous préparent un copieux petit déjeuner avec des œufs, du café, du jus d’orange et des fruits. Ils nous emmènent en ville pour nos colis et le réapprovisionnement. On a ensuite droit à de la super cuisine mexicaine le midi et le soir.

Nous voilà prêts à repartir demain matin pour l’étape qui nous mènera à Kennedy Meadows aux portes de la Sierra Nevada que nous attaquerons si tout va bien vers le 10 juin. En attendant on va entamer l’ascension progressive vers les montagnes vers les 6 000 à 7000 pieds. Dans la Sierra nous serons entre 8 000 et 14 000 pieds, c’est-à-dire de la haute montagne.

Je me suis commandé un duvet plus chaud à -7°C car mon duvet actuel à + 2°C est déjà juste pour ce que nous venons de traverser + des gants plus chauds  et un sous-vêtement thermique pour le haut. Mon piolet, mes crampons et mon pantalon de ski sont expédiés aussi. Bref, on va bientôt passer en vraie tenue d’hiver.

J31 à J32 (27 au 28 mai) : Mile 518 à 567


J31 (27 mai) : Mile 518 à 541,5

Nous partons avec pas mal d’eau car il n’y a qu’un seul point de ravitaillement sur les 50 prochaines miles.

Le soleil a refait son apparition mais le vent est très fort, annoncé à 60 km/h avec des rafales bien plus violentes. On a l’impression que le soleil qui est pourtant bien présent ne chauffe pas du tout, c’est assez étrange.

On commence par longer l’aqueduc qui approvisionne Los Angeles en amenant l’eau de la Sierra Nevada vers la côte. C’est tantôt un canal ouvert, tantôt un gros tuyau fermé, tantôt une canalisation en béton enterrée. On va le suivre pendant près de 15 miles sur d’infinies lignes droites et du plat. Il y a énormément d’éoliennes qui alimentent Los Angeles, plusieurs centaines sans doute. Heureusement sur cette section nous avons le vent dans le dos. Nous avançons donc rapidement et avons déjà franchis les 17 premiers miles à 13h00 pour notre pause déjeuner. Ce ne sera pas le cas l’après midi où le chemin revient dans un grand arc de cercle face au vent pour entamer la montée d’une montagne où se trouve le seul point d’eau du désert. Ça devient très sportif et marcher est parfois impossible dans les grosses rafales sur les crêtes. Je suis obligé de m’arrêter et me mettre de dos pour laisser passer les risées avant de reprendre mon chemin en louvoyant.

Finalement j’arrive au point d’eau qui est au fond  d’un vallon profond et sombre où le vent s’engouffre violemment. On a déjà fait 24 miles et je suis fatigué. Je décide de m’installer ici avec Fred car le prochain spot est à plus d’une heure de marche et il fait déjà sombre. D’autres hiker sont déjà installés et on voit leurs tentes balayées par le vent danser le twist dans des claquements de tissus impressionnants. Rémi et Joris décident de continuer plus loin (ils nous diront que ce n’était pas mieux, Rémi ayant même renoncé à planter sa tente a dormi à la belle étoile) .

On a beaucoup de mal à planter nos tentes. Celle de Fred s’envole alors qu’il avait presque fini de l’installer et la mienne s’aplatit complètement au moment où j’ouvre l’auvent pour ranger mes affaires malgré les sardines bien plantées et sécurisées par de grosses pierres … On fait le plein d’eau pour demain et on file manger chacun sous nos tentes en tenue d’hiver et en espérant qu’elles ne se déchirent pas. Vive le désert.


J32 (28 mai) : Mile 541,5 à 567

Finalement j’ai passé une très bonne nuit. J’ai écouté de la musique pendant que le vent battait ma tente et me suis endormi. Je me suis réveillé vers 23h00 et le vent était complètement tombé. Au réveil tout est trempé alors qu’il n’a pas plu. Je décide de prendre mon temps aujourd’hui. La météo est annoncée bonne et le vent moins fort. Je prend donc un café et des céréales. Ça faisait longtemps que je n’avais pas pris de petit-déjeuner. Lorsque je pars il fait déjà bon et je peux rapidement quitter ma veste. C’est agréable de pouvoir remarcher sans se faire malmener par les éléments. Une grosse montée raide m’attend et je retrouve du plaisir à marcher. Je peux enfin revoir les paysages qui m’entourent. Au sommet, un trail Angel à installé un petit salon de plein air avec des chaises et des parasols au milieu de nulle part. C’est très étonnant et agréable. Je prend le temps de me poser avec d’autres randonneurs, de manger des tortillas et de l’ eau déposés à notre intention.

L’après-midi se fera avec la descente de cette même montagne puis la traversée de nouveaux champs d’éoliennes (encore plus nombreuses que la veille). Je comptais bivouaquer 7 ou 8 miles avant la ville de Tehachapi mais le chemin serpente dans les éoliennes. C’est très bruyant et il n’y a aucun endroit pour planter sa tente. Je vais donc aller au bout des 26 miles et retrouver Fred qui était parti très tôt du campement ce matin. On fait même la course à la fin pour rejoindre la route. Il a trop d’avance et j’arrive juste derrière lui malgré mes efforts. On appelle un trail Angel qui vient nous chercher et va nous loger pour 2 nuits.

J29 à J30 (25 au 26 mai) : Mile 478 à 518


J29 (25 mai) : Mile 478 à 501

Beau temps ce matin. Nouveau petit déjeuner royal puis séance photo par mama avant notre départ. Elle ne nous trouve pas assez souriants et du coup se retourne et baisse son pantalon pour nous montrer ses fesses ! Fou rire général. Mama est parfaitement satisfaite de son effet et de la photo. Elle nous emmène en voiture au départ du chemin, nous fait à nouveau un gros câlin à chacun et nous souhaite bon courage.

Le départ se fait comme c’est d’usage par une bonne montée et se poursuit sur les sommets pendant un bon moment, traversant des forêts de chênes. Malheureusement le mauvais temps annoncé pour demain arrive dès 15h00 avec le scénario habituel : le vent se lève rapidement et se met à souffler en rafales glaciales puis le ciel se noirci progressivement. Je reçois même une alerte météo sur mon téléphone : « attention, phénomène météo en cours, vous êtes en zone inondable ». Tient, on l’avait pas encore eue celle-là ! Je passe rapidement le mile 500 pour la forme et me trouve un abris pour planter ma tente. Encore un repas préparé sous le minuscule auvent du fait de la pluie et je suis sous le duvet à 18h30 à écouter la pluie tomber sur moi.


J30 (26 mai) : Mile 501 à 518

Chers amis.

Je vous écris donc de Sibérie ou je randonne depuis 1 mois maintenant. On sent l’été qui frémit et se rapproche à grands pas : ce matin nous sommes repassés en positif et il fait déjà 2 degrés ! C’est tout à fait inhabituel et précoce. Nous nous réjouissons et nous promenons joyeusement le long des chemins en tenue légère, juste nos pulls, bonnets, gants, doudoune, pantalons longs et vestes de pluie. Quel bonheur. Je me prend même à imaginer revoir le soleil bientôt.

Bref, c’est donc une nouvelle journée de pluie et de brouillard qui nous attend et je commence à vraiment me décourager. J’ai l’impression de passer d’un phénomène météo à l’autre et de ne plus prendre aucun plaisir à marcher depuis un moment déjà. Encore une fois je ne vois pas grand chose des paysages qui m’entourent, le vent est violent et glacial. Je marche la tête baissée, le dos courbé. Nous sommes de pauvres vagabonds bossus errants dans des paysages abandonnés et désolés à la recherche d’un peu de chaleur qui ne vient pas.

J’arrive à Hiker town, la porte d’entrée du désert où je retrouve mes camarades. On avait prévu de passer la nuit dans ce mini village de western pour les hikers mais il n’y a déjà plus de place à 13h00 et pas vraiment d’endroit pour dormir et s’abriter du vent violent qui souffle à pleins poumons dans cette immense pleine. Planter sa tente semble relever de l’exploit.

Je me sens épuisé et vide. Je vais prendre une douche rapide dans le camp avant d’envisager la suite. L’eau est chaude mais c’est juste une toile minuscule transpercée par le vent et je tremble comme une feuille. Mais une fois séché ça fait du bien. On part ensuite faire du stop car il y a un magasin / snack à quelques miles qui pourrait peut-être nous accueillir. Et heureusement c’est le cas. On mange un bon burger au chaud et on s’installe dans une pièce attenante qu’à aménagée le propriétaire pour les hikers. On se retrouve à une vingtaine et allons passer la nuit ensembles. Le patron nous offre à tous une bière le soir. On se prépare à la traversée du désert sur les prochaines 50 miles. Habituellement il se fait de nuit à la frontale car il fait trop chaud la journée. Mais cette année n’est décidément pas comme les autres et pour nous cela se fera de jour en blouson, bonnet et gants de jour….

J 28 (24/05): Zero day

J’ai passé une très bonne nuit après la rude journée d’hier. Je me réveille et descend la forêt magique pour rejoindre la maison. En chemin je croise plein de hikers qui vont profiter de la journée de repos ici. La journée s’annonce ensoleillée et plus chaude, ça fait du bien. Maman nous prépare un petit déjeuner royal avec du café et d’énormes pancakes. J’en prend 4 tellement c’est bon. Je file ensuite faire mes courses au magasin. En fin de matinée les copains arrivent. On se boit une bonne bière au soleil et on va passer l’après-midi à buller au soleil dans l’herbe.

Le soir venu, nouveau repas préparé par mama puis chacun est invité à esquisser un pas de danse pour gagner le bandana à officiel du PCT. Je me plie volontiers à l’exercice comme tout le monde. On dessine sur de grands draps tendus au mur pour marquer notre passage. Certains dessinent sur des pierres, d’autres se font des tatouages artisanaux. Joyeuse communauté heureuse de pouvoir s’abriter un moment. Mais demain il nous faudra repartir à nouveau sur la route…

J26 à J27 (22 au 23 mai) : Mile 444 à 478


J26 (22 mai) : Mile 444 à 454

Nuit agitée dans le camping, coincé entre la voie de chemin de fer et la route. En plus il y a une centaine de lycéens qui campent à côté de moi.

Je cherche sur le blog de Fred sa position GPS qui est mise à jour en permanence et ça me confirme qu’ils sont bien à Hiker Paradise, un gros squat à côté d’Aguadulce, à 10 miles devant moi. Je pars donc tranquillement vers 8h00 pour arriver à 11h15 sur place et manger avec eux puis passer la nuit ici, c’est gratuit !

En chemin, je passe dans de très beaux canyons et le site de Vasquez Rocks, des rochers dans tous les sens grâce à la faille de San Andrea qui passe juste sous nos pieds. C’est un endroit que l’on voit dans de nombreux films et un site touristique important.

Le temps est toujours froid. Habituellement, la partie que je m’apprête à faire se pratique de nuit car il fait trop chaud. Nous on a froid même en pleine journée, alors la nuit, on dormira !


J27 (23 mai) : Mile 454 à 478

Aujourd’hui nous avions convenu de faire 12 miles et pareil demain pour se retrouver à Casa de Luna demain en fin de matinée (c’est une maison tenue par des trails Angels assez loufoques et bien connue des randonneurs, une étape obligée). On ne presse donc pas, petit déjeuner copieux au bar et départ à 10h00. Ça commence avec 2 bonnes montagnes à franchir et très vite le brouillard et le vent sont de la partie puis arrive la pluie, encore une fois. On ne voit plus rien. Seul le chemin et les buissons le bordant. J’ai l’impression de répéter sans fin la même section et regarde souvent mon GPS pour m’assurer que j’avance réellement. Le temps ne s’arrangeant pas, je décide de ne pas m’arrêter, aucune envie de planter encore une fois ma tente dans ces conditions. Je vais donc faire les 24 miles d’une traite, ce qui va me faire arriver tard à Casa de Luna vu le départ tardif.. J’y parviens finalement vers 18h45. Il me reste à faire du stop pour y arriver. Je suis trempé et je grelotte de froid. Arrivé chez les Trail Angel c’est l’heure du repas et je suis le dernier arrivé. C’est une joyeuse communauté d’une quarantaine de hikers qui est là à se réchauffer et se remettre auprès de la mama qui tient les lieux. C’est un personnage hors du commun, une ancienne baba cool qui nous donne à tous une chemise hawaïenne dès notre arrivée et nous fait un gros câlin. Je mange rapidement car je suis épuisé et file monter ma tente dans le jardin derrière la maison. En guise de jardin, c’est une sorte de forêt enchantée qui semble s’étendre sans fin avec de multiples chemins parsemés de petites niches où chacun peut planter sa tente. Le sentier est bordé de nombreuses pierres peintes et de panneaux à la mode des années 68 avec plein de slogan du genre « tout ce qui se passe dans la forêt reste dans la forêt, excepté la syphilis ».

Je décide de repousser mes explorations à demain et rejoins ma tente pour une bonne nuit de repos. Mes camarades arriveront demain en fin de matinée

J22 à J25 (18 au 21 mai) : Mile 369 à 444


J22 (18 mai) : mile 369 à 390

Lynn nous amène au départ du PCT au mile 369. On zappe volontairement 6 miles du chemin qui nous auraient obligés à remonter 2000 pieds et rajouter 4 miles. Vu la météo qui s’annonce, il ne vaut mieux pas rester trop longtemps sur les sommets…

Donc départ vers 7h30 du chemin. Une grosse journée nous attend avec l’ascension du mont Baden Powel à 9400 pieds soit 2865 mètres.

On démarre avec une côte que l’on redescend complètement pour se retrouver au pied du mont. Démarre alors une longue ascension sur environ 4 miles bien raides. Le dernier mile va se faire entièrement dans la neige. Comme il n’y a plus de chemin visible, les traces montent droit dans la pente. Ça pique un peu les jambes et le souffle, et surtout ça glisse pas mal. Je n’ai pas mes crampons car je les ai envoyés par la poste à la Sierra Nevada, comme cela se fait habituellement. Mais cette année est tout sauf habituelle. Les sommets de la Californie du Sud sont encore très enneigés…

J’arrive tout de même au sommet sans trop de difficulté et le neige disparaît sur tout le haut. La vue est absolument magnifique sur 360 degrés et le soleil est avec nous pour une fois.

J’entame ensuite la descente avec Rémy car Fred n’est pas encore arrivé au sommet et on préfère ne pas trop traîner. La descente s’avère beaucoup plus difficile. Elle est au nord et très enneigée. Il n’y a donc pas de chemin visible. On suit des traces mais ce ne sont pas les bonnes. On s’en rend compte sur le GPS. Malheureusement, on se retrouve dans des pentes en dévers couvertes de neige et très glissantes. Je fais plusieurs glissades et me retrouve plus de 10 mètres plus bas. Ce n’est pas dangereux car il y a des arbres partout pour arrêter mes glissades. Mais bon, on perd un temps fou à remonter et à se repérer. En chemin on croise une randonneuse complètement tétanisée. Elle a vu un autre randonneur partir en longue glissade qui s’est un peu égratigné la jambe et elle n’ose plus avancer. Elle scande « oh my god » en continu. On l’aide à passer et ça va mieux.

Pour notre pause repas vers 14h00, on voit arriver Fred tout tranquille. Il ne s’est pas perdu dans la neige mais à pris par les crêtes moins enneigées. Il nous a donc gentiment rattrapés.

On termine la journée par une grande descente, puis une autre montagne à franchir. Le temps commence à se dégrader avec des nuages et un froid intense qui s’installe. On termine nos 21 miles fatigués (2200 mètres de dénivelé positifs et 2300 mètres négatifs) et on commence à avoir sérieusement froid. On se pose dans un campground à 6500 pieds (après ça remontera). Le brouillard s’installe rapidement et la pluie arrive, nous obligeant à nous réfugier dans nos tentes juste après manger. La tempête arrive plus tôt que prévu et la nuit va être glaciale…


J23 (19 mai) : mile 390 à 406,7

La nuit à été glaciale et la pluie continue. Quand on se réveille il se met à neiger avec un brouillard très dense. On se parle de tente à tente et on décide d’attendre, quitte à rester la journée ici puisque la météo d’hier prédisait une amélioration pour demain. Vers 10h30 un Trail Angel miraculeux nous klaxonne pour nous proposer du chocolat chaud et des fruits ! On se précipite pour se réchauffer. Il nous apprend que malheureusement la météo sera mauvaise pour les 2 jours qui suivent. On se décide donc à partir, il faut descendre absolument en altitude. Le PCT est bloqué à cet endroit et dévié sur plus de 4 miles sur la route pour cause de régénération animale (une espèce de grenouille protégée). On fait donc du stop et nous sommes pris rapidement par un cowboy dans un énorme pick up. On lui dit qu’on est Français. Il nous demande si on est musulmans… Vive l’Amérique profonde de Trump ! Enfin, il fait le bouleau et nous dépose à la jonction du PCT. On descend et la chape de brouillard et de pluie se retrouve au dessus de nous, mais il fait toujours un froid glacial. À 14h00,un rayon de soleil fait son apparition. On en profite pour manger et faire sécher nos tentes. On arrive en fin d’après-midi dans un campement. On lance un feu dan un endroit prévu pour. On mange au chaud au bord des flammes puis il se remet à pleuvoir. Tous au lit.


J24 (20 mai) : mile 406,7 à 430,6

La nuit à encore été glaciale et pluvieuse. La tente est trempée avec des endroits gelés.

On entame une bonne montée puis une descente. Vers 12h00 le soleil apparaît, on fait sécher nos tentes. On effectue ensuite une grande montée et une non moins grande descente qui va nous mener à notre camp pour la nuit. Même scénario du froid, du feu, puis du brouillard et de la pluie. Demain, on entame une grande descente qui va nous fait passer de 5500 pieds à 2000 pieds. La température devrait donc remonter.


J25 (21 mai) : mile 430,6 à 444

Je me lève à 5h45 pour un départ à 6h30. Marre du froid, je veux descendre rapidement. Peu à peu, je laisse le brouillard au dessus de moi. La descente est longue et sinueuse et le froid toujours présent (je reste en doudoune, bonnet, gants et pantalon pendant près de 4 heures de marche). J’arrive finalement au camping que je visais mais mes 2 camarades n’y font pas halte car je ne les retrouve pas. Je fais sécher ma tente, m’installe, prend une grade douche chaude et fais mon linge. J’espère que l’on va bientôt sortir de l’hiver. Pour une région où il est censé ne jamais pleuvoir et où l’on est censé avoir très chaud dans des paysages arides, je trouve qu’on nous a un peu survendu le truc…

J21 (17 mai) : Zero day

Premier vrai zero day, c’est à dire sans marche du tout. Je reste encore une deuxième nuit et départ demain matin.

Lynn qui nous accueille est vraiment adorable. On dort tous dans le salon sur une moquette moelleuse à souhait. Hier soir il nous a préparé des hamburgers maison au barbecue et lancé un feu magique dans la cheminée qui nous a tous réchauffés.

Aujourd’hui on s’affaire à préparer notre nourriture pour les prochains jours. Je passe à la poste pour réexpédier mon colis, puis on se retrouve tous au bar pour fêter les 50 ans de Fred qui paye sa tournée de bière. Se joignent à nous 2 Québécois qu’on avait croisé sur le chemin.

le soir, on prépare une super plâtrée de pâtes aux légumes et Lynn nous lance un film pour la soirée.

Nous sommes bien reposés et réchauffés, mais la météo nous annonce une nouvelle tempête hivernale pour dans 2 jours…

J16 à J20 (12 au 16 mai) : Mile 267 à 363

J16 (12 mai) : Mile 267 à 287

Je décide d’augmenter mes rations alimentaires car je perds trop de poids (ma ceinture ventrale de sac à dos commence à approcher du maximum de serrage). Donc je charge mon sac alimentaire avec de nouvelles choses (du thon en sachet, des compotes en sachet, du Nutella en pot plastique, des galettes plates etc…). Tant pis s’il y a plus de poids, c’est important d’avoir de l’énergie et de ne pas pomper sur mes réserves à cette étape. Départ à 8h30 amené au PCT par un Trail Angel. Nous cheminons tranquillement dans les bois après avoir fait notre petite montée syndicale et je me pose sur un petit spot sympa pour manger avec enfin de l’ombre et de quoi s’adosser. Idem pour le soir, je trouve un endroit sympa pour me poser et je décide de ralentir un peu le rythme car je ne dois pas arriver trop tôt à la Sierra Nevada vu la quantité de neige cette année.


J17 (13 mai) : Mile 287 à 308

On descend dans des vallons le long d’un ruisseau une bonne partie de la matinée avec pas mal d’ombre,puis on remonte un peu dans une zone plus aride avant de retourner dans le fond d’une rivière ombragée qu’en jambe une grande passerelle. L’endroit est superbe avec du sable et je décide de m’ y arrêter pour manger, même s’il est encore un peu tôt. On longe encore cette rivière le long de gorges assez profondes pour finalement arriver à des sources d’eau chaude naturelles avec des vasques pour se baigner. Le paradis. Je décide de m’y arrêter vers 15h00,mes 20 miles accomplies. Je me délasse dans les bains chauds et m’installe pour la soirée et la nuit. Au fait, j’ai passé le mile 300 aujourd’hui, reste plus que 2350 !


J18 (14 mai) : Mile 308 à 328

On chemine longuement dans les gorges puis on repasse dans une section plus désertique avant d’arriver en bas d’un barrage que l’on va remonter. Puis on longe le lac pour finalement atteindre un site sympa qui le borde. Je me pose ici et fais la connaissance de 3 autres Français, Joris, Rémy et Fred. On commande des pizzas qui nous sont livrées 1 heure plus tard !


J19 (15 mai) : Mile 328 à 353,9 + 0,4 miles pour le Mac Do

Du lac, on remonte dans les vallons puis on redescend dans un Canyon. Halte à un croisement d’autoroute et de trains car il y a un Mac Do bien connu des randonneurs. On fait le plein de calories avant d’attaquer à nouveau le début d’une grosse montée qui va nous ramener à 8500 pieds. Et comme d’habitude quand j’aborde une montagne, la météo prévoit encore du sale temps à partir de cette nuit. On décide donc de prendre de l’avance et on pousse notre journée à 26 miles, notre record à tous. On campe tous les 4 au milieu de la montagne et on se prépare à la mauvaise journée de demain.


J20 (16 mai) : Mile 353,9 à 363 + 4,3 miles pour Wrightwood

Comme prévu au lever, le ciel est noir, il y a du brouillard et il ne v pas tarder à pleuvoir. Heureusement, on s’est tous levés tôt pour un départ à 5h50. On monte péniblement dans le froid et la pluie qui commence 30 minutes plus tard. Il fait très froid et la pluie se transforme en neige au dessus de 7000 pieds. Je presse le pas sans m’arrêter pour ne pas avoir trop froid, mes mains sont gelées. Je termine la descente en trottant pour avoir moins froid et finir plus vite. On se retrouve tous au café à Wrightwood vers 10h30 pour un gros chocolat chaud.

On part ensuite à la recherche d’un logement. Wrightwood est réputée pour ses Trail Angel qui accueillent les randonneurs à leur domicile. Nous en trouvons un qui vient nous chercher tous les 4 et va nous loger. On se retrouve enfin au chaud, au sec avec une douche et une lessive générale !

J11 à J15 (7 au 11 mai) : Mile 179 à 266


J11 (7 mai) : Mile 179 à 190,5 + 4,5 Miles d’ascension

Après une bonne nuit à l’hôtel, une bonne douche chaude et un repas dans un petit restaurant très sympa avec de la bonne musique folk, je repars le cœur léger vers 12h00 pour commencer une bonne grosse remontée de 800 mètres de dénivelé qui va me ramener sur le chemin. Il fait très beau aujourd’hui et c’est à peine si je reconnais les paysages désolés que j’ai traversés hier après midi dans le brouillard et la neige. C’est absolument idyllique, la forêt est magnifiquement belle, on traverse des petits ruisseaux de partout. Il y a de gros blocs rocheux qui surplombent le vide et je m’installe au sommet de l’un deux pour manger et contempler tout ce que l’on surplombe. Il y a une mer de nuages en dessous de nous et je ne vois même plus Idillwild. Pour une fois je me retrouve au dessus du mauvais temps ! Le chemin continue sur un tapis composé de terre et d’épines de pin. Ça sent la résine de sapin.

Au bout d’un moment, ça se remet à monter puis on entame une descente sur le versant nord du mont San Jacinto. Les choses se compliquent car il y a maintenant de la neige partout et le chemin à donc disparu. Comme il a neigé hier, on ne voit presque plus les traces de pas de ceux qui nous ont précédés. Je me perds une première fois puis me rattrape avec le GPS. Je récupère au passage Lee from Georgia et Hanna from California qui se sont perdus trop en bas du chemin. Nous décidons de finir l’après-midi ensembles jusqu’au campement c’est plus sûr. Nous y arrivons tard vers 18h30. Le temps de monter la tente et de manger, on file au lit. Demain, une descente infernale nous attend.


J12 (8 mai) : Mile 190,5 à 213

Le sentier va descendre dans des lacets infernaux pendant 6 heures non-stop, nous faisant passer de 8000 à 1000 pieds d’une seule traite, soit 2150 mètres. C’est long, c’est très éprouvant pour les pieds, pour les genoux et pour les hanches. Mes pieds me supplient d’arrêter le massacre mais je tiens bon. Oui mes pieds me parlent beaucoup depuis le départ. Ils aimeraient bien être le centre de certaines décisions, comme arrêter de marcher bêtement pour rien. Mais je dois garder les commandes sinon quel autre organe voudra prendre le pouvoir ensuite…?  

Bref, arrivé en bas de cette terrible descente, 6 heures plus tard donc, il fait sacrément chaud et me voilà arrivé au seul point d’eau disponible, une petite fontaine avec un petit rocher qui me permet juste d’avoir la tête à l’ombre, mon ami Lee occupant déjà la moitié de ce petit paradis. Je m’y installé pour un petit repos bien mérité et pour prendre mon repas de midi, enfin 13h30. Mais voilà que 3 autres filles arrivent. Je cède galamment ma place et repars pour la suite qui va s’avérer tout aussi savoureuse (il y a des jours comme çà, il faut attendre que ça passe). Je me retrouve donc en fond de vallée à 1000 pieds, dans une grande plaine qu’il va falloir traverser pour gravir la montagne suivante. Si on est descendu, c’est bien pour remonter. Le vent commence à se lever, tout d’abord de côté, ce qui me fait tituber à chaque pas,mais je suis encore relativement protégé par une colline.

Quand j’arrive au milieu de la plaine, le vent devient complètement fou et se met à souffler très fort avec de grosses rafales. Il est maintenant face à moi et je suis dans le lit d’une rivière asséchée, donc dans du gros sable qui se soulève en tornades. Je peine énormément à avancer et le sable me transperce de partout, surtout les yeux. Le chemin n’est pas bien balisé et comme je n’y voit pas grand chose, je sors le GPS. Au bout d’une heure, je réussir à sortir de cette tempête de sable, et je n’ai fait qu’un seul kilomètre !

Enfin, pour finir la journée, une petite montée pépère avec le vent dans le dos qui va m’amener sous une ferme d’éoliennes (tu m’étonne !) où se trouve un campement et un petit Trail magic d’eau.

Au fait, j’ai passé les 200 miles aujourd’hui !


J13 (9 mai) : Mile 213 à 233,2

Aujourd’hui commence l’ascension d’une nouvelle montagne qui va nous mener à nouveau vers les 8500 pieds, mais sur 2 jours. Ça commence par une succession de montées et descentes. Je croise là un certain WoodPa, un gros nounours avec un sac qui semble tout petit à côté de lui. Il déboule derrière moi à tout vitesse et me salue : Hi I’m WoodPa, howareyouman ? dans un accent tout américain. Je le salue aussi puis le laisse filer à toute vitesse. 10 minutes plus tard, je le retrouve assis par terre en train de fumer un gros pétard (il est à peine 8h du matin). Je le repasse donc péniblement car ça monte sec. 10 minutes plus tard je le vois redébouler, lancé à pleine vitesse en chantant. Il me resalue en passant et se met à courir. J’en reste scotché dans ma montée.
Un peu plus tard, première traversée d’une grande rivière, la White River. Il y a des troncs d’arbre pour nous aider mais les pieds seront mouillés malgré tout.

A nouveau le chemin monte et descend pour arriver dans des gorges où coule un ruisseau que nous allons remonter tout l’après-midi, le Mission Creek. L’avantage c’est qu’on a plein d’eau à boire. Mais l’inconvénient c’est que le chemin n’est plus balisé dans les multiples croisées de rivière. Je perds un temps fou à retrouver mon chemin, m’aidant le plus souvent du GPS. Je finis par être trop fatigué pour atteindre le campement que je visais 2 miles plus haut et me pose au bord du ruisseau sur un petit spot pas si mal que ça. 30 minutes plus tard me rejoint Lee que je croyais devant moi. Il s’était perdu dans les traversées de rivière et son GPS ne marchait pas. Il se pose à côté de moi épuisé.


J14 (10 mai) : Mile 233,2 à 256

Lorsque je me lève, c’est à nouveau un gros brouillard. D’autres randonneurs m’avaient prévenu hier que la météo prévoyait de l’orage et de la pluie. Et cela va s’avérer vrai. Je me suis donc levé tôt, vers 5h30 pour un départ à 6h30, en prévision du mauvais temps et de la grosse ascension qui m’attend et qui me fera passer de 4500 à 8500 pieds ce matin. Il se met à pleuvoir vers 9h00 mais pas trop fort. Cela va durer toute la journée et se transformer en neige quand j’arriverai au dessus de 8000 pieds. C’est froid mais heureusement sans vent pour une fois. On traverse encore une fois une forêt brûlée. Avec le brouillard c’est fantomatique.

Arrivé au sommet, le chemin va faire des petites descentes et montées pour le reste de l’après-midi, ce qui est assez roulant et me permet de pousser un peu plus loin que prévu. J’arrive ainsi à aller jusqu’à un petit camp avec des tables pour s’assoir manger, ce qui est un luxe. Je retrouve à nouveau Lee et un nouveau camarade Sud Africain très sympa qui nous fait un petit feu de camps. La nuit est bonne et pas trop froide car on est redescendu à 6500 pieds.


J15 (11 mai) : Mile 256 à 266

Ce matin lever très tôt à 5h00 pour un départ à 6h00 car je dois être à Big Bear avant midi pour réexpédier mon colis qui contient le matériel pour la Sierra Nevada (crampons + piolet + pantalon de ski + guêtres). J’ai donc 10 miles à faire puis du stop pour rejoindre la ville.

Il a plu toute la nuit, la tente est trempée. Je la plie donc telle qu’elle, il faudra trouver un moyen de la faire sécher.

en me levant à 5h00, je vois passer plusieurs groupes d’au moins 20 randonneurs. Je n’en ai jamais vu autant et me demande ce qui se passe. Je commence à marcher et je double pas mal de monde. Puis j’entends des cloches sonner et des gens crier. J’arrive à un stand et je comprends que tous ces gens font un raid dans la montagne. Il s’agit d’ une course de 28 miles. Je comprend maintenant pourquoi toutes les filles que je viens de doubler sont habillées en rose et sentent bon le déodorant. C’était assez inhabituel de voir des gens propres et qui sentent bon par nos sentiers…

Je force un peu le pas car le sentier est assez roulant ce matin. En 3 heures j’ai accompli mes 10 miles et me fais prendre en stop en moins de 5 minutes. Le problème est que que ce n’est pas un gars d’ici. Il ne me dépose pas au bon endroit mais pile de l’autre côté du lac. Heureusement un gars du coin me prend dans son énorme 4×4 et me conduit au bon endroit avec de la musique country à fond. Il est adorable et me fait même visiter un peu le coin. J’arrive à temps à la poste et vais me trouver une chambre pour faire ma lessive + une douche et mes courses. Je fais encore sécher ma tente dans la douche. Pluie prévue encore pour les 2 prochains jours…

J6 à J10 (2 au 6 mai) : Mile 77,1 à 179


J6 (2 mai) : Mile 77,1 à 101,3

Préparation de ma nourriture pour les 6 prochains jours en autonomie . Ça fait pas mal de choses à porter !

Départ de Julian en auto-stop avec attente de 40 minutes donc arrivée sur le chemin tardif à 9h45.
Ça monte progressivement le long de la montagne puis rapidement on arrive sur des crêtes qui vont serpenter le long des reliefs de la montagne tout le long de la journée. C’est très agréable de rester à peu près à la même altitude et le chemin porte là bien son nom : chemin des crêtes. Petite pause de 20 minutes pour manger car il n’y a pas beaucoup d’ombre. Je pousse plus loin que prévu au mile 101,3 pour deux raisons : tout d’abord passer le mile 100, ça fait plaisir ! Et arriver à un campement où il y a de l’eau. Heureuse surprise il y a aussi un trail Magic qui nous attend avec des bières et du coca. Je valide par la même occasion mon record de Miles journalier avec 24 ce jour.


J7 (3 mai) : Mile 101,3 à 122

La marche ce jour débute par la traversée de longues plaines vallonnées composées de vastes champs d’herbe et de fleurs.

Puis on arrive dans un petit vallon le long d’un ruisseau ombragé très agréable et bucolique. On croise là de vieilles dames qui promènent leurs petits caniches et le contraste est assez saisissant entre ces personnes bien habillées et les randonneurs sales que nous sommes.

Puis on traverse à nouveau de vastes plaines pour arriver au fameux Eagle rock qui est un amas de roches naturelles laissant deviner la forme d’un aigle dont les Américains ne sont pas peu fiers. C’est un peu comme si nous avions chez nous des pierres qui dessinaient la forme d’un coq. Mais cela semble physiquement peu probable…  

Le chemin serpente ensuite en montant le long d’un ruisseau et de forêts de chênes (j’en profite pour pique niquer le long d’un ruisseau) pour enfin laisser place à une ascension aride et raide qui va durer 3h encore. À  la fin de la journée je plante ma tente dans un campement qui n’est pas des plus jolis mais la fatigue fait que ce sera ici et pas plus loin.


J8 (4 mai) : Mile 122 à 145,4

Le chemin commence par une petite montée puis une grande descente qui nous fait passer de 5200 pieds à 3200.  

En bas, on serpente longuement dans le fond d’un canyon très chaud. Il y a peu d’eau aujourd’hui pour se ravitailler. Heureusement à 13h30 un trail magic nous attend au bord d’une piste avec des boissons et des oranges. J’en profite pour faire ma pause de midi. Ensuite on repart pour une ascension assez longue qui nous extrait du Canyon. Je pousse ma randonnée un peu plus loin que prévu sur les conseils avisés d’un de mes condisciples pour arriver à un campement assez réputé. Et là encore nous attend un trail magic avec des pommes de terre chaudes, des fruits et des boissons. Nous sommes assez nombreux à ce spot et tout le monde semble fatigué, boiteux et le dos courbé. Le spot est assez agréable et ensoleillé. La nuit sera bonne.  


J9 (5 mai) : Mile 145,4 à 164 + 2 Miles pour le café

La marche va alterner petite montée et descente pendant 2h puis je bifurque au croisement de la route pour me rendre au Paradise Valley café à 1 mile du PCT. Il s’agit d’un lieu prisé par les randonneurs pour venir prendre un petit déjeuner ou un hamburger. Pour moi ce sera petit déjeuner car il n’est que 9h30 du matin. Une heure plus tard je suis de retour sur le chemin qui va monter en longs lacets serrés dans la forêt pour passer de 4000 à 7000 pieds. En haut la vue est magnifique sur 360 degrés ; on voit toutes les montagnes alentours mais le vent commence à se lever fort et vu l’altitude il va me falloir trouver un campement protégé car la nuit s’annonce froide. La plupart des arbres ici son carbonisés à cause d’un incendie datant de quelques années. En fin de journée je finis par trouver un spot sous le vent assez protégé et idyllique. Je vais y passer la nuit en espérant que le vent se calme.


J10 (6 mai) : Mile 164 à 17 + 4,5 Miles de descente

Toute la nuit j’ai entendu le vent monter de plus en plus fort. Il vient atteindre mon campement et la tente est violemment secouée toute la nuit. Au réveil un épais brouillard m’entoure et tout est trempé. Je plie mes affaires rapidement. La tente est mouillée, il faudra trouver le temps de la faire sécher. Puis je pars à 7h directement sans me faire de café vu la température glaciale. Le chemin va encore monter jusqu’à près de 8000 pieds pour ensuite redescendre à 6000. C’est assez rocailleux et escarpé en descente. Vers 10h30 une nouvelle ascension s’annonce qui va être très longue alors que le vent reprend de plus belle et qu’une fine pluie tombe. Je ne vois pas le relief alentours mais c’est assez escarpé avec de grandes falaises rocheuses. Je me hisse péniblement, mes jambes me font mal et je suis fatigué. Je suis obligé de m’arrêter très régulièrement pour reprendre mes forces. J’arrive à un premier plateau à 8200 pieds et les premières plaques de neige font leur apparition. Le chemin remonte ensuite jusqu’à 8700 pieds et c’est maintenant de la neige qui tombe du ciel. Je suis trempé et fatigué. J’accélère le pas pour arriver à la jonction d’un chemin qui me fera descendre à Idyllwild 3000 pieds plus bas. La neige entre-temps s’est transformée en pluie abondante et j’arrive frigorifié dans le petit village montagnard d’Idyllwild vers 16h30. Je vais me reprendre une chambre d’hôtel pour la nuit afin de faire sécher toutes mes affaires et de prendre ma deuxième douche chaude du périple. Je fais sécher mes affaires dans la salle de bain.

J5 (1er mai) : Zero day

La meilleure nuit passée dans la tente. J’ai dormi 9h !  

Je prend mon café tranquillement puis plie mes affaires et pars faire du stop. Je suis pris au bout de 5 minutes par Chuck, un vieux monsieur de près de 80 ans qui fête son anniversaire aujourd’hui. Il part voir l’océan et me dépose donc à Julian au passage, charmant petit village montagnard, repaire des pionniers chercheurs d’or du 19ème siècle.  
Je prends une chambre dans le vieil hôtel historique et mange une superbe Apple pie et plein de café avant de prendre possession de ma chambre et de m’offrir ma première douche gargantuesque.  
Journée cool, appel de la famille et préparation des 6 prochains jours de marche qui m’amèneront à Idillwild au Mile 175.

J1 à J4 (27 au 30 avril) : Mile 0 à 75,6

J1 (27 avril) : Mile 0 à 20

Premier jour de marche : lever à 4h30 du matin pour petit-déjeuner et préparation finale du sac. Des trails Angels nous amènent sur le site de départ du PCT. Première photo sur la stèle nous sommes donc une vingtaine à prendre le départ ce matin tout le monde traîne un peu sur le Monument et personne n’ose partir le premier.

Finalement Mark (un chirurgien d’Alaska) et moi prenons le départ les premiers et tout le monde nous suit. L’objectif pour moi est donc le mile 20 où se trouve le lac Morena. Il est 7h30 quand nous partons et il commence déjà à faire chaud. La marche est assez facile au départ, relativement plate. Puis vient la première montée dans les rochers sans ombre avec une végétation faite de broussailles et de cactus. Je fais ma première pause vers midi, le soleil tape fort et il est difficile de trouver un coin d’ombre. Un petit écureuil vient jouer avec moi pendant que je mange.

Le début d’après-midi on redescend tout ce qui a été monté le matin pour se retrouver au fond d’un Canyon avec un petit ruisseau. Nous sommes au mile 15. J’en profite pour me reposer un petit peu à l’ombre avant d’attaquer la dernière montée de la journée qui s’étire sur 5 miles encore. Cette montée est sinueuse et très pentue en pleine chaleur. C’est difficile mais arrivé au sommet je vois le lac Morena en contrebas et il ne me reste plus qu’à descendre. Près du sommet je double un randonneur israélien qui souffre de crampes musculaires et de fatigue. Il me dit que son sac est trop lourd. Je croise aussi Laura une anglaise qui peine beaucoup à la montée. Elle est à son deuxième jour de marche. Moi aussi mes épaules commencent à me faire drôlement souffrir ainsi que tout le haut de mon dos.

Arrivée au lac Morena vers 16h30 avec une excellente surprise : ici nous attendent nos premiers trail Angels il s’agit de personnes qui viennent bénévolement sur le chemin en aide aux randonneurs, leur apporter un peu de réconfort. Dans leur cas ils ont installé un énorme grill et nous confectionnent de magnifiques hamburgers. Il y a aussi de la soupe, des oranges et des fraises. J’en profite pour prendre aussi un énorme Coca-Cola bien frais.

Je discute un moment avec un des trail Angels qui est un vieux randonneur américain. Je lui parle de mon sac qui me semble bien trop lourd et de mes épaules qui sont douloureuse. Ensembles nous  déballons mon sac et  trions ce qui n’est pas nécessaire et que je vais laisser ici dans une hiker box. Il s’agit d’une boîte dans laquelle on peut déposer ou prendre des affaires. J’en trouverai tout au long du PCT. Enfin je franchis des derniers mètres qui me séparent du site de camping réservé aux randonneurs et je monte ma tente. Nous sommes au bord d’un lac et c’est assez marécageux mais la vue est belle. Il y a des douches payantes mais je décide de ne pas en prendre : c’est mon petit geste de rébellion et j’ai déjà eu bien assez de luxe comme ça


J2 (28 avril) : Mile 20 à 36,7

Au lever, la tente est absolument trempée, tout est humide de rosée. Il faut donc attendre que tout sèche avant d’envisager partir. La nuit a été courte, il va falloir que je m’habitue à dormir sous la tente. Je remplie mes gourdes et part vers 8h45 en faisant un petit arrêt au Trail magic pour un café. Le sac est beaucoup plus léger qu’hier, c’est beaucoup moins douloureux et c’est un bon point. Je peaufine aussi les réglages, je serre plus la ceinture ventrale ce qui soulagé encore plus le dos.
Je suis étonné de marcher seul

Je suis étonné de marcher seul, et ce sera le cas toute la matinée. Je traverse des vallons puis ma première rivière sur un tronc d’arbre. Vers 10h00 j’attaque la montée qui va m’occuper tout le reste de la journée et va m’amener de 1000 mètres à 2000 mètres ce soir. La montée est assez progressive mais il fait très chaud (28 degrés). Je trouve une minuscule ombre pour manger et me reposer vers 13h00. En cours d’ascension, nouveau Trail magique avec de l’eau fraîche et des fruits. Je croise Kate from Colorado (ici on est tous un prénom de quelque part) qui a une énorme ampoule à un pied et se fait soigner par une Trail Angel. Elle repart comme si de rien n’était et marche presque aussi vite que moi avec sa blessure !

Vers 17h00 je tombe sur le spot parfait pour mon bivouac : au bord d’un petit ruisseau à sec et sous un arbre avec une vue magnifique et un grand soleil qui sera magnifique au coucher. Il y a 2 autres randonneuse déjà installées avec qui je discute un peu, puis dodo.


J3 (29 avril) : Mile 36,7 à 56,3

La nuit a encore été difficile mais le réveil l’est encore plus : il fait un froid de canard et une brume épaisse nous entoure. La visibilité est de 50 à 100 mètres et il y a une espèce de pluie très fine qui commence à tomber. Je remballe ma tente et commence à marcher vers 07h30 en tenue de froid (doudoune + veste de pluie + pantalon de pluie) car il fait aux alentours de 5 degrés !

Je termine les 3 derniers miles de montée puis je vais cheminer dans des sous-bois très jolis au dessus de Mont Laguna. C’est toujours très couvert et je sens je vent qui forci à la cime des pins. Ça remonte ensuite un peu pour arriver sur un haut plateau et là c’est l’horreur. Le vent forci d’un coup avec des énormes rafales à plus de 80 km/h. J’ai du mal à tenir debout. Quand le vent est derrière moi je suis obligé de courir. Quand il est de côté je titube comme un ivrogne et quand il est de face je suis obligé de me mettre en position de chute libre (la tête penchée en avant et les bras derrière le corps). Au bout de 10 minutes de lutte, la pluie arrive et vient se fracasser contre mon visage à pleine vitesse. Il fait un froid glacial, température ressentie proche de 3 ou 4 degrés. C’est assez flippant d’autant plus que je suis seul sur le plateau et je sais que ça va durer plusieurs heures d’après le topo. Je n’ai pas le choix, il faut marcher sans s’arrêter car il fait trop froid. Dès que j’essaie de m’arrêter je me mets à trembler de tout mon corps. Je vais donc continuer ainsi pendant 4 heures non-stop. Vers 13h00 un minuscule bout de soleil déchire les nuages et je m’aperçois que je suis tout en haut d’un magnifique Canyon, au bord d’une falaise avec une vue à couper le souffle. Le chemin va maintenant serpente le long de cette falaise et alterner les coteaux exposés au vent du nord-ouest et ceux protégés, ce qui me permet de petites pauses pour manger une barre énergétique et boire.
Je passe le mile 50 qui est signalé par un petit tas de pierres mais je ne m’arrête pas pour une photo car le vent reprend et la pluie aussi. J’ai mal aux yeux tellement c’est fort. Je commence à m’inquiéter pour ce soir. J’espère que la pluie va se calmer et que je vais trouver un endroit un peu abrité du vent, sinon j’ai du mal à savoir comment je vais pouvoir monter ma tente. Finalement, je trouve un campement au Mile 56,3 vers 17h00 qui est dans un vallon un peu abrité du vent et la pluie a réduit à un petit crachin assez fin. Je monte ma tente rapidement, fait un dernier pipi car je sais que je ne pourrai pas sortir de la tente avant demain matin. Ensuite, il faut absolument se mettre des vêtements secs pour arrêter d’avoir froid. Je mange des nouilles chinoises dans de l’eau froide (pas possible de se mettre dehors avec le réchaud) et je me force à manger des céréales car il faut pas mal d’énergie pour lutter contre le froid. La nuit va être dure je sens et je mets mes collants + ma polaire + 2 paires de chaussettes. Mes gants sont mouillés donc immettables. Demain ça ira mieux !


J4 (30 avril) : Mile 56,3 à 75,6

La nuit à été dure et je me réveille sous une bruine assez épaisse. Tout est mouillé et bien sûr mes vêtements de marche n’ont pas séchés. Je plie donc ma tente toute mouillée et remets mes vêtements humides… C’est dur, mais il ne faut pas traîner si je ne veux pas avoir froid. Je me mets donc en marche rapidement et mange une barre énergétique en route. Je fais un petit détour du PCT de 0,5 miles pour aller chercher de l’eau à un parking qui croise une route. Il y a moins de vent et les nuages s’élèvent un peu. Il y a même des toilettes avec du papier WC dedans ! J’en profite pour y faire un détour. 1 heure plus tard, la magie opère, je vois le chemin qui descend de manière vertigineuse au fond d’un Canyon et le ciel se déchire d’un coup. Le soleil brille à nouveau et c’est un tel bonheur difficile à décrire après ces moments assez difficiles. Toute la fatigue disparaît pour laisser place à une espèce de bonheur intense. Je dévale avec joie et légèreté la montagne. Je me surprends même à courir par moment. Alors bien sûr, qui dit descente dit remontée, c’est comme çà que ça marche le PCT. Mais je me sens à nouveau d’attaque et je repars sur les flancs de montagne tantôt montants, tantôt descendants. Je finis par arriver dans une plaine, redescendu à 1000 mètres d’altitude avec toujours du vent mais bien moins fort, et surtout un grand soleil. Je décide de bivouaquer ici au Mile 75,6. Je sors mes affaires trempées qui vont sécher en 5 minutes. Un vrai bonheur. Première nuit tout seul entouré de montagnes. Demain matin, je fais du stop sur la route située 2 miles plus bas pour me rendre à Julian pour un jour off bien mérité. Au programme, une chambre d’hôtel avec douche chaude, lessive et bonne bouffe (spécialités de tartes aux pommes). Le moral est à nouveau excellent.

J-1 (26 avril)

Arrivé à San Diego hier soir, mise dans le bain immédiatement : à peine débarqué je prends un taxi pour le super Shop de montagne « Aventure 16 » où m’attendent tous mes coreligionnaires marcheurs. Ce soir, soirée spéciale avec la femme qui détient le record de temps sur le PCT. Elle a écrit un bouquin et vient le présenter et le dédicacer. Elle a tout de même réussi à le faire en 60 jours quand la moyenne est de 150 jours… Ce qui lui faisait une moyenne de 70km par jour en 15 à 18 heures. Épatant, mais pas mon truc tout de même, je m’en tiendrai aux 150 jours.

Première nuit sous la tente et premier essai des affaires de couchage. C’est confortable et chaud malgré la nuit froide aux alentours de 7°C. Les amplitudes ont l’air d’être assez marquées avec des journées à 26 et des nuits entre 6 et 10 degrés. Et ça c’est pour San Diego, ça devrait chuter un peu plus dans les montagnes.

Ce matin, lever vers 6h00 pour le petit déjeuner et préparation du matériel, achat de la nourriture pour les 4 prochains jours, organisation du sac et expédition de 2 colis par la poste : le premier me suivra régulièrement tous les 200 km (il contient du matériel de rechange principalement, et je pourrai ajouter des réserves de nourriture si besoin pour les zones moins fournies). Le second contient mon matériel de montagne (piolet, crampons, pantalon de montagne) qui ne me servira que pour la Sierra Nevada, à partir de mi juin.

La pression commence à monter maintenant et pour la première fois je réalise pleinement ce qui m’attend. Pas vraiment de doute, mais une vague appréhension passagère.

Départ demain matin à 05h45. Des Trail à Angels (nombreux bénévoles présents sur le chemin et aux alentours) nous amèneront à la stèle marquant le départ du PCT.

J’espère arriver le soir au lac Morena au mile 20 qui est aussi le premier point d’eau sûr.

Et donc première nuit dans le wild West.

Avant le départ

D’un lieu et d’un temps incertain.

Avant le départ.

Tout a commencé au son d’un rythme entêtant et hypnotique d’une vieille chanson des Stones qui parlait d’une certaine sympathie pour le diable.

Tout a commencé quand tu m’as fait part de tes impossibles rêves et désirs. Et qu’il m’a fallu les accepter.

Alors, la petite musique s’est insinuée, doucement. D’abord la partie rythmique, d’abord les percussions. Tribales, entêtantes, évidentes, appuyées par des maracas un peu folles. Puis quelques cris, une voix sensuelle et profonde qui entonne « Please allow me to introduce myself ». Quelques accords simples de piano, une basse qui souligne ce qui va se dire. Et enfin ces chœurs murmurés, prégnants. La transe s’installe, le mal est là, tapi quelque part.

« Est-ce la main de Dieu, est-ce la main de Diable ?» me susurre Barbara. Sans doute un peu des deux, et qu’importe au fond.

 
Il y a ce rêve que je faisais enfant. Je marchais sur un sentier, ou plutôt nous marchions, le chemin et moi, dans une sorte de double mouvement au milieu de couleurs extraordinaires, d’odeurs, de musiques et de sons s’entremêlant dans un incessant changement de paysage. Un rêve des années 70, psychédélique et coloré qui ne m’a jamais quitté et qui me revient plein d’évidence.

Il y a ces perles de verre, ces paroles entremêlées de musique, de peinture et de poésie. Il y a ces différentes histoires de moi que je dois écrire pour d’apprenti devenir initié. Ces récits d’apprentissage d’une époque romantique révolue.

Il y a aussi cette caméra posée sur la plage dans ce film de Lelouche « Un homme et une femme ». Ces personnages dont on ne connait pas la trajectoire. Ces images sans le son qui se resynchronisera plus tard peut-être. Il y a ces possibles du futur et du passé que paradoxalement seul le fil du présent pourra dénouer.

Il y a toutes ces images qui s’impriment sur nos rétines mais qui pourtant ne s’arrêtent pas sur une simple membrane de l’œil. Il y a toutes celles et ceux qui ont composé ma vie. Il y a le temps qui passe.

Il y a la nécessité d’une parenthèse, d’une pause. La nécessité d’une resynchronisation des images, du son, des odeurs, de ce qui donne la saveur. Il y a la nécessité d’une échappée solitaire, non pas une fuite, mais plutôt un rassemblement, un resserrement, une nécessité d’emporter en un autre lieu tout ce qui me compose pour le refaçonner. Me rappeler qui je suis. Voilà, partir pour me revenir. Et quoi de mieux que de rejoindre ce sentier qui marche en même temps que moi.

L’important n’est pas le chemin emprunté, mais le voyage et ses possibles, ses inattendus, ses imprévus, ce qu’il peut me dire de moi. Je vais traverser un continent à la seule force de mes jambes et j’ai pourtant le sentiment d’un voyage immobile.

J’ai compris qu’il n’y a pas d’imposture dans le récit, qu’il n’y a que du désir.

Tout commence au son d’un rythme entêtant et hypnotique d’une vielle chanson des Stones qui parle d’une certaine sympathie pour le diable.

Tout commence …

Sympathy for the Devil (The Rolling Stones)

Please allow me to introduce myself
I’m a man of wealth and taste
I’ve been around for a long long year
Stolen many men’s soul and faith
[…]

Pleased to meet you, hope you guess my name
But what’s puzzling you is the nature of my game